Les plus belles rues de Berlin

L'Opéra d'État de Berlin sur l'Unter den Linden, façade rose néoclassique vue depuis la Bebelplatz
Photo : Photogoddle, licence CC0 (Wikimedia Commons)

Berlin se lit à hauteur de trottoir. D’un quartier à l’autre, la ville change de siècle : façades impériales restaurées à Mitte, immeubles monumentaux de l’ère stalinienne à Friedrichshain, boulevard commerçant du XIXe siècle à Charlottenburg, trottoirs où les terrasses débordent à Kreuzberg. Voici une dizaine de rues qui racontent chacune une facette de la capitale, avec ce qu’on y voit et la station pour y descendre.

Unter den Linden, l’avenue impériale

Impossible de commencer ailleurs. Unter den Linden file sur environ 1,5 km et 60 mètres de large, de la Pariser Platz, au pied de la porte de Brandebourg, jusqu’au pont du château. Tracée au XVIe siècle, plantée de tilleuls au siècle suivant, elle aligne les grands bâtiments de la vieille Prusse : l’Opéra d’État, l’université Humboldt, la Neue Wache, l’ancien arsenal devenu musée. On la parcourt d’un bout à l’autre en une vingtaine de minutes, mais les façades méritent une matinée. Deux stations la desservent : Brandenburger Tor (S-Bahn et U-Bahn) à l’ouest, Museumsinsel ou Unter den Linden à l’est.

Karl-Marx-Allee, le boulevard stalinien

Changement de décor à l’est. Sur 2,3 km et 90 mètres de large, la Karl-Marx-Allee déroule ses immeubles à huit étages et ses façades de céramique, dans le style « pâtissier » du classicisme socialiste. Construite entre 1949 et 1960 sous le nom de Stalinallee, elle fut le grand projet de prestige de la RDA, avec ses deux tours jumelles signées Hermann Henselmann à Strausberger Platz et Frankfurter Tor. Renommée en 1961, elle est classée monument historique depuis 1990, et une candidature commune avec le Hansaviertel vise une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, sans que le dossier soit encore tranché. On y accède par la station Alexanderplatz (U-Bahn et S-Bahn) à l’ouest, ou par Frankfurter Tor et Weberwiese à l’est.

Torstraße et Linienstraße, le Mitte qui se marche

Deux rues parallèles, séparées d’une centaine de mètres, dans le nord de Mitte. La Torstraße suit le tracé de l’ancien mur d’octroi du XVIIIe siècle ; ses immeubles mêlent bâtiments d’avant-guerre et blocs des années 1920, avec une succession de cafés, galeries et boutiques qui gagne jusqu’au Rosenthaler Platz. Un peu au sud, la Linienstraße, tracée vers 1700, se prend aujourd’hui à vélo : une grande partie est aménagée en vélorue. On y croise le Koppenplatz et l’une des plus anciennes casernes de pompiers d’Allemagne, ouverte en 1859. Descendre à Rosenthaler Platz (U8) ou à Rosa-Luxemburg-Platz (U2). Pour situer le quartier, voir notre guide de Mitte.

Oranienstraße et Bergmannstraße, deux visages de Kreuzberg

Kreuzberg a plusieurs rues, et deux suffisent à en tracer le portrait. L’Oranienstraße, presque deux kilomètres d’est en ouest, est l’axe nocturne du quartier : bars, clubs, restaurants turcs, mexicains ou végétaliens se serrent entre Görlitzer Bahnhof et Moritzplatz, où la salle SO36 tient son rang depuis les années punk. L’ambiance est brute, dense, et se poursuit tard. La Bergmannstraße, elle, se promène sur 1 300 mètres du Mehringdamm au Südstern, ombragée, avec la Marheineke Markthalle au milieu du parcours et ses étals depuis 1892. Deux visages d’un même Kreuzberg : la fête d’un côté, la table et les terrasses de l’autre. Stations : Kottbusser Tor (U1, U8) pour l’Oranienstraße, Mehringdamm (U6, U7) ou Südstern (U7) pour la Bergmannstraße.

Prenzlauer Berg : Kastanienallee et Kollwitzstraße

Prenzlauer Berg est le quartier des cafés et des poussettes, et ses deux rues les plus agréables se croisent presque. La Kastanienallee, 950 mètres tracés dès 1826, descend de la Schönhauser Allee vers le Weinbergsweg : librairies, bistrots, cinémas de quartier, et la brasserie en plein air du Prater au milieu. La Kollwitzstraße, perpendiculaire, longe le Kollwitzplatz et l’une des adresses résidentielles les plus chères de Berlin ; c’est là que vécut la sculptrice Käthe Kollwitz, dont la maison a disparu pendant la guerre. U2 à Eberswalder Straße ou à Senefelderplatz. Ensemble, elles résument notre Prenzlauer Berg.

Simon-Dach-Straße, les terrasses de Friedrichshain

À Friedrichshain, la Simon-Dach-Straße tient en 600 mètres un concentré de terrasses, de bars et de petites cuisines du monde. Ancienne rue ouvrière du XIXe siècle, elle a basculé dans la vie nocturne après la chute du mur et reste, le soir, l’une des artères les plus animées de l’est de la ville. Juste à côté, le Boxhagener Platz accueille un marché le samedi et un vide-greniers le dimanche. Descendre à Frankfurter Tor (U5) ou à Warschauer Straße (S-Bahn), puis dix minutes à pied. Le reste du Friedrichshain tient la même ambiance.

Kurfürstendamm et Savignyplatz, le Berlin de l’Ouest

À l’ouest, le Kurfürstendamm déroule ses 3,5 km et ses 53 mètres de large de la Breitscheidplatz, devant l’église du Souvenir en ruine, jusqu’à Rathenauplatz. Transformé en boulevard en 1886 sur ordre de Bismarck, à l’imitation des Champs-Élysées, il aligne quatre rangées de platanes, des vitrines de mode et de luxe entre Uhlandstraße et Olivaer Platz. U1 et U9 à Kurfürstendamm. À l’écart, le Savignyplatz, dessiné en 1894, voit sept rues converger vers ses pelouses et ses cafés ; la station S-Bahn Savignyplatz s’ouvre directement sur la place. C’est le cœur du vieux Berlin-Ouest, entre galeries, librairies et brasseries d’habitués, dans un Charlottenburg plus cossu que festif.

Pour enchaîner plusieurs de ces rues à pied, le plus simple est de partir de la station Eberswalder Straße (U2). On descend la Kastanienallee plein sud sur un demi-kilomètre, puis on oblique à droite dans la Kollwitzstraße : en dix minutes, on atteint le Kollwitzplatz et ses terrasses. Une seconde promenade, à Kreuzberg, part de Moritzplatz (U8) et suit l’Oranienstraße vers l’est jusqu’au Görlitzer Bahnhof, avant de couper au sud pour rejoindre la Bergmannstraße et la Marheineke Markthalle.

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