Unter den Linden : l'avenue impériale de Berlin

La promenade centrale d'Unter den Linden bordée de tilleuls, animée de passants en été, avec ses façades historiques
Photo : Avi1111 dr. avishai teicher, licence CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Unter den Linden est l’axe fondateur de Berlin : environ 1,5 kilomètre de long, 60 mètres de large, de la porte de Brandebourg au Schlossbrücke et à l’île aux Musées. Un opéra royal, la plus ancienne université de la ville, un mémorial national et le château des Hohenzollern reconstruit en Humboldt Forum s’y succèdent.

Une allée de chasse devenue promenade

Le tracé existe depuis 1573 : l’électeur Jean-Georges fait alors aménager un chemin de terre battue du château au Tiergarten, sa réserve de chasse. En 1647, après la guerre de Trente Ans, le Grand Électeur Frédéric-Guillaume le fait consolider et le plante de tilleuls, sur les plans du prince Jean-Maurice de Nassau-Siegen inspirés des allées hollandaises : un millier de tilleuls et un millier de noyers, en six rangées, sur 942 mètres.

Au XVIIIe siècle, l’allée de chasse devient une rue large et bâtie. Les palais s’élèvent par étapes entre 1674 et 1737, et Frédéric II y ajoute son opéra, sa bibliothèque royale et le palais de son frère Henri. Le surnom de « Spree-Athen », l’Athènes de la Sprée, forgé en 1706 par le poète Erdmann Wircker, ne prend vraiment son sens qu’au XIXe siècle, avec les bâtiments classiques de Schinkel.

Le Lindenstatut de 1880 fixe la largeur de la rue à 60 mètres, plafonne les corniches à 22 mètres et impose au moins 297 tilleuls. Le nom n’est étendu jusqu’au Schlossbrücke qu’en 1937 : la rue passe alors de 940 mètres à près de 1,5 kilomètre.

De la porte de Brandebourg au Schlossbrücke

Deux chaussées encadrent une promenade plantée, parcourue d’un bout à l’autre en une vingtaine de minutes. Au n° 77, l’hôtel Adlon perpétue l’établissement ouvert en 1907, incendié en 1945 et reconstruit de 1995 à 1997. Les palais voisins abritent des ambassades, dont celle de Russie aux n°s 63-65, installée dans le premier immeuble neuf élevé sur l’avenue de 1949 à 1951.

Au n° 7 se dresse la Staatsoper Unter den Linden. Frédéric II en confie le projet en 1740 à Georg Wenzeslaus von Knobelsdorff ; le bâtiment rococo, édifié de 1741 à 1743, ouvre en décembre 1742. Une rénovation de sept ans, facturée 400 millions d’euros, rouvre la maison en octobre 2017 ; Elisabeth Sobotka et Christian Thielemann en ont pris la direction à la saison 2024-2025.

En face, au n° 6, l’université Humboldt occupe l’ancien palais du prince Henri ; fondée en 1809, elle porte le nom des frères Humboldt depuis 1949. Plus loin, la Staatsbibliothek édifiée par Ernst von Ihne de 1903 à 1914.

Au n° 4, la Neue Wache de Karl Friedrich Schinkel (1816-1818) est depuis 1993 le mémorial central de la République fédérale pour les victimes de la guerre et de la tyrannie ; l’accès est libre. Sous l’ouverture du plafond, la Pietà de Käthe Kollwitz, agrandie quatre fois par Harald Haacke, a remplacé la couronne de chêne de 1931. Au n° 2, le Zeughaus, arsenal baroque élevé de 1695 à 1706, abritait le Musée historique allemand : fermé depuis juin 2021 pour rénovation, il laisse ses expositions au bâtiment Pei voisin.

Sur la promenade centrale se dresse la statue équestre de Frédéric II, fondue entre 1839 et 1851 par Christian Daniel Rauch. Déposée en 1950 par la municipalité SED, remontée en 1963 à Sanssouci, elle retrouve en 1980, sur ordre d’Erich Honecker, un emplacement proche de son site d’origine ; la restauration de 1997-2000 lui rend son socle et son éclairage.

Bebelplatz et la bibliothèque engloutie

À l’est de l’opéra s’ouvre le Forum Fridericianum, l’ensemble voulu par Frédéric II autour de l’actuel Bebelplatz. La Alte Bibliothek, construite de 1775 à 1780 par Georg Christian Unger d’après des plans inédits de Joseph Emanuel Fischer von Erlach pour la Hofburg de Vienne, doit son surnom de « commode » à sa façade galbée. Le 10 mai 1933, la place est le théâtre principal des autodafés de livres organisés par la Deutsche Studentenschaft. Depuis 1995, le mémorial de Micha Ullman, sous une plaque de verre du pavé, ouvre sur une salle souterraine aux rayonnages blancs et vides, dimensionnée pour les 20 000 volumes brûlés.

Au bout de l’avenue, le Schlossbrücke de Schinkel (1821-1824) franchit la Spree vers l’île aux Musées ; ses figures de marbre, sculptées entre 1842 et 1857 par des élèves de Schadow et de Rauch, commémorent les guerres de Libération.

Un lieu de représentation et de pouvoir

Le soir du 30 janvier 1933, la SA, la SS et le Stahlhelm défilent ici torches à la main vers la chancellerie du Reich. En 1950, la SED fait dynamiter les ruines du château pour dégager une place de parade à l’extrémité est. Le Palais de la République (1973-1976) est fermé en 1990 pour cause d’amiante et démoli entre 2006 et 2008. Le château est rebâti à partir de 2013 : le Humboldt Forum, ouvert au public le 20 juillet 2021, a enregistré environ 3,3 millions de visites en 2024.

Visiter Unter den Linden

La promenade. Le tronçon le plus dense va de la Friedrichstraße au Schlossbrücke : opéra, université, Neue Wache, Zeughaus et Bebelplatz s’y succèdent en quelques centaines de mètres. Comptez une heure et demie, davantage avec les visites.

Meilleures heures. Le matin, l’avenue est presque vide ; en fin de journée, brique et grès rosissent au coucher du soleil. À la nuit tombée, les réverbères, répliques des candélabres de 1888 reposés à partir de 1998, éclairent la double rangée de tilleuls, et le Festival of Lights illumine les façades chaque automne.

Accès. S-Bahn Brandenburger Tor (S1, S2, S25, S26) à l’ouest, S-Bahn et U-Bahn Friedrichstraße au milieu, station Unter den Linden (U5 et U6), ouverte le 4 décembre 2020, et bus 100 et 300 le long de l’avenue.

Horaires utiles. La Neue Wache est en accès libre ; les expositions du Humboldt Forum ouvrent de 10 h 30 à 18 h 30, dernière entrée à 17 h 30, et restent fermées le mardi. Le Musée historique allemand se visite dans le bâtiment Pei, le Zeughaus étant en travaux.

Boire et manger. Le Café Einstein, à l’enseigne viennoise, occupe un local qui abritait déjà un café du temps de la RDA ; les bars de l’Adlon, la chocolaterie Rausch et la brasserie Lutter & Wegner, dans la Charlottenstraße, sont à quelques minutes, du côté du Gendarmenmarkt. La Friedrichstraße, qui coupe l’avenue, concentre boutiques et cafés.

Entre la pompe des palais prussiens, le souvenir des parades et le calme des tilleuls, Unter den Linden se traverse en une heure mais raconte trois siècles.

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