Le mystère de Teufelsberg à Berlin
À l’ouest de Berlin, dans la forêt de Grunewald, une colline de 120 mètres porte les ruines d’une station d’écoute américaine. Le Teufelsberg, « montagne du diable », est né des décombres de la ville. Il se visite aujourd’hui comme un lieu double : un vestige de la guerre froide et l’une des plus grandes galeries de street art d’Europe.
Une colline bâtie avec les ruines de Berlin
Le Teufelsberg est une colline artificielle, un Schuttberg. Son sommet culmine à 120,1 mètres, ce qui en fait l’un des points les plus hauts de la ville. Il doit son nom au Teufelssee, l’étang d’origine glaciaire qui s’étend juste en dessous.
Tout commence en 1937 : Adolf Hitler pose la première pierre de la Wehrtechnische Fakultät, une faculté de génie militaire, entre la Heerstraße et le Teufelssee. Le chantier s’arrête en février 1940, quand Hermann Göring ordonne la suspension de tous les bâtiments jugés inutiles à la guerre. Le gros œuvre reste sur place, inachevé.
Après 1945, Berlin disparaît sous ses gravats. Les Alliés tentent de faire sauter la carcasse de la faculté, mais elle est trop solidement construite ; on décide de l’ensevelir. À partir de 1950, jusqu’à 800 camions déversent chaque jour près de 7 000 tonnes de débris sur le site. Pendant vingt-deux ans, la colline monte. En 1972, elle contient environ 26 millions de mètres cubes, soit près du tiers des décombres des immeubles bombardés de la ville. On la replante au passage, avec 480 000 arbres et 40 000 arbustes.
La butte trouve vite une seconde vie. Dans les années 1960, le Sénat y aménage des pentes de ski, une piste de luge et un tremplin. Un téléski à perche, des projecteurs et des canons à neige sont installés en 1964. Huit ans plus tard, tout est démonté : les Américains, installés en haut, se plaignent d’interférences avec leurs écoutes. En hiver, les pentes retrouvent lugeurs et promeneurs, comme le rappellent nos incontournables de l’hiver à Berlin.
La Field Station Berlin, oreille américaine de la guerre froide
En 1956, la découverte d’un tunnel d’écoute souterrain pousse l’armée américaine à chercher un nouveau poste, le plus proche possible de la frontière. La colline, culminante et située dans le secteur américain, s’impose. Des installations mobiles surveillent d’abord les couloirs aériens entre Berlin et l’Allemagne de l’Ouest, puis des bâtiments fixes sortent de terre : la Field Station Berlin Teufelsberg.
Cinq dômes radar, hauts de 62 mètres au total, et un mât d’acier de 120 mètres captent les signaux du bloc de l’Est, notamment ceux de la RDA et de l’URSS. La station est réputée faire partie du réseau d’espionnage Echelon. Dans les années 1970, environ 1 500 militaires y travaillent en continu, choisis pour leur maîtrise du russe.
L’écoute s’arrête avec la fin de la guerre froide. Les Américains et les Britanniques quittent les lieux en 1991 ; les bâtiments servent encore de radar de contrôle aérien civil jusqu’en 1999. Depuis, les structures restent en place, livrées aux intempéries. Pour replacer ce poste dans l’histoire de la ville divisée, notre page sur le mur de Berlin donne les repères essentiels.
Du squat à la galerie de street art
Après le départ des militaires, le site est abandonné et devient un refuge pour la scène alternative berlinoise. Entre 1992 et 1996, artistes, projets culturels et graffeurs occupent les bâtiments. La suite est une longue série de projets avortés. En 1996, un groupe d’investisseurs achète le terrain pour 5,2 millions de marks, avec l’idée d’y bâtir un hôtel, un musée de l’espionnage et des appartements de luxe. Le chantier s’enlise, puis s’arrête. En 2004, le permis de construire expire et la colline se transforme en point d’ancrage de la scène graffiti.
Le 30 octobre 2018, l’ensemble est classé monument historique. Aujourd’hui, les murs des anciens radars forment l’une des plus grandes galeries de street art d’Europe. Les fresques se renouvellent au fil des saisons, certaines signées de noms internationaux. L’exposition « Declassified », ouverte en 2024 dans les bâtiments, raconte l’histoire du lieu, et son accès est compris dans le billet.
Accès, horaires et tarifs
L’entrée se trouve au Teufelsseechaussee 10, 14193 Berlin. En transports, comptez environ 2 km, soit 30 minutes de marche, depuis les gares S-Bahn Heerstraße ou Grunewald. Il n’y a pas de stationnement sur le site : des parkings gratuits existent au Parkplatz Teufelsberg et au bout de la Teufelsseechaussee, à une dizaine de minutes à pied de l’entrée.
La station est ouverte tous les jours de 11 heures au coucher du soleil, avec une dernière entrée une heure avant la fermeture. Elle reste fermée les 24 et 31 décembre, et l’heure de fermeture varie avec la saison : vers 16 h 30 en novembre et décembre, vers 21 h 30 en plein été.
Le billet coûte 12 € pour un adulte, 5 € pour un enfant ou un adolescent jusqu’à 17 ans, et l’entrée est gratuite avant 7 ans. Les étudiants, apprentis et personnes de plus de 65 ans paient 10 €, et un forfait famille (deux adultes et deux enfants au maximum) revient à 27 €. Les billets s’achètent sur place ou en ligne. Des visites guidées, en allemand et en anglais, sont proposées, surtout du vendredi au dimanche ; horaires et réservations figurent sur le site officiel de la station.
Non loin de là, le stade Olympique complète la journée, et notre guide des vacances scolaires à Berlin propose d’autres sorties à combiner en famille. Mais le Teufelsberg se suffit à lui-même : une matinée suffit pour monter, longer les fresques et ressortir avec Berlin étalé sous ses pieds.
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