Berlin : capitale allemande du street art
À Berlin, le street art n’a pas le statut d’une curiosité pour touristes. Les murs portent des peintures depuis les années 1980, et la tradition a survécu à la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui, une fresque peut voisiner avec un tag posé la nuit précédente, sur la même façade.
Des petits traits discrets aux portraits de plusieurs étages, la ville se traverse comme une galerie à ciel ouvert. Voici les endroits où les œuvres se voient vraiment, et ce qui sépare un graffiti d’une commande.
Berlin, du tag sauvage aux fresques commandées
Sur les murs de Berlin, deux pratiques cohabitent. Le tag et le graffiti sont posés sans autorisation, souvent la nuit, et se recouvrent au gré des passages. Les fresques commandées, elles, passent par un accord avec le propriétaire du bâtiment : une façade, un pignon, parfois tout un immeuble. L’artiste travaille alors au grand jour, avec échafaudage et autorisation écrite.
C’est la commande qui a donné à la ville ses grandes peintures visibles depuis la rue. Sur les murs voués au graffiti libre, la même fresque officielle peut être recouverte de tags en quelques jours.
L’East Side Gallery, 1,3 km de mur peint en 1990
La plus longue section du mur de Berlin encore debout court sur 1,3 km, le long de la Mühlenstraße à Friedrichshain, entre l’Oberbaumbrücke et l’ancienne gare de l’Est. En 1990, 118 artistes de 21 pays y ont peint la face est du mur. La première œuvre, signée Christine Mac Lean, date de décembre 1989, juste après la chute du mur.
Beaucoup de ces peintures parlent du mur et de sa disparition, ou portent un message pacifiste. Le « Baiser de l’amitié » de Dmitri Vrubel, qui montre Erich Honecker et Léonid Brejnev s’embrassant, reste la plus photographiée. En 2006, 89 mètres de la galerie ont été déplacés pour ouvrir un accès à la Spree. En 2009, pour les vingt ans de la chute du mur, les artistes ont été invités à restaurer leurs œuvres, abîmées par l’érosion, le vandalisme et les morceaux de béton emportés par les visiteurs.
Le Mauerpark et son mur légalement repeint
Le nom du Mauerpark, « parc du mur », vient du segment qui coupait autrefois le parc entre Prenzlauer Berg et Wedding. Le terrain occupe le site de l’ancienne gare du Nord, détruite en 1985, et a été aménagé en parc après 2000.
La partie du mur conservée face au stade Friedrich-Ludwig-Jahn sert de terrain de jeu officiel aux graffeurs. Elle est repeinte sans arrêt, ce qui en fait l’endroit le plus mouvant de la ville : la peinture vue cette semaine aura disparu au passage suivant. Le dimanche, le marché aux puces du parc attire musiciens, artistes et badauds.
Le Teufelsberg, ruines peintes d’une station d’écoute
Le Teufelsberg, « montagne du diable », est une colline artificielle de 120,1 mètres, élevée après la Seconde Guerre mondiale avec les gravats de Berlin. Environ 12 millions de mètres cubes y ont été entassés, au-dessus du gros œuvre d’une école militaire nazie que les Alliés n’ont pas réussi à détruire à l’explosif.
Pendant la guerre froide, la NSA y installe une station d’écoute tournée vers le bloc de l’Est, rattachée au réseau Echelon. La station ferme après la chute du mur ; les bâtiments et les dômes de radar sont restés sur place. Couverts de graffitis, ils se visitent aujourd’hui contre paiement.
Kreuzberg et Friedrichshain, les deux quartiers du graffiti
Les deux quartiers qui se font face de part et d’autre de la Spree concentrent l’essentiel des murs peints. Friedrichshain aligne les fresques de l’East Side Gallery et les façades des anciennes usines autour de la Simon-Dach-Straße, du côté de Friedrichshain.
À Kreuzberg, autrefois district de Berlin-Ouest dans le secteur américain, les murs parlent politique. Entre la Falckensteinstrasse et la Schlesische Straße, on longe des façades couvertes de pochoirs et de collages. Pour repérer les passages les plus denses, mieux vaut connaître les rues de Kreuzberg avant de partir.
Le Haus Schwarzenberg, une cour peinte en plein Mitte
En plein Mitte, au 39 Rosenthaler Straße, une porte cochère ouvre sur une cour classée monument historique et entièrement peinte. Nommé d’après un roman de Stefan Heym, le lieu abrite la galerie Neurotitan, le Anne Frank Zentrum, le musée de l’atelier d’aveugles Otto Weidt et un cinéma. Otto Weidt y a employé des Juifs berlinois entre 1940 et 1945 pour tenter de les soustraire à la déportation ; une plaque dans le passage le rappelle.
La cour se parcourt depuis la rue, et ses murs accueillent en permanence de nouvelles peintures et collages.
Banksy, Roa, Kobra : des signatures à reconnaître sur les murs
Sur cette toile mouvante, quelques noms reviennent. Le Brésilien Eduardo Kobra signe des portraits géants et colorés. MTO, Alias et Xoooox travaillent entre pochoir et peinture. Le Britannique Banksy a laissé ses rats dans la ville. L’Italienne Alice Pasquini peint des scènes romantiques et expressives, le Belge Roa décline un bestiaire en noir et blanc. Les poings jaunes de Kripoe, eux, sont devenus un repère du street art reconnu par la ville.
Une fresque berlinoise disparaît souvent en quelques mois
Ne préparez pas votre itinéraire sur une photo ancienne. À Berlin, une fresque reste rarement identique plus de quelques années. Le mur d’un immeuble est repeint, la façade rénovée, le bâtiment démoli : la peinture part avec. Sur les murs libres, les nouvelles couches recouvrent les anciennes en quelques semaines, comme au Mauerpark.
Les œuvres les mieux conservées passent par une commande et restent protégées par un accord avec le propriétaire. Le reste est éphémère par nature : prenez la photo quand vous passez.
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