Franziskaner-Klosterkirche de Berlin

Les murs de briques de la Klosterruine Berlin à ciel ouvert, vus depuis le parc
Photo : Rina Kliewer, licence CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Sur la Klosterstraße, à l’est d’Alexanderplatz, l’église du monastère franciscain (Franziskaner-Klosterkirche en allemand) n’a plus de toit. Des murs de briques se dressent sur une pelouse, en bordure de la Grunerstraße, dans le quartier de Mitte, à quelques minutes à pied d’Alexanderplatz et de la station de métro Klosterstraße. Fondée vers 1250, la Klosterkirche compte parmi les premiers édifices en briques de la Marche de Brandebourg. Les bombardements d’avril 1945 en ont fait une ruine, et le lieu accueille aujourd’hui des expositions d’art contemporain.

Une fondation franciscaine du XIIIe siècle

En 1271, les margraves de Brandebourg offrent aux franciscains une parcelle à la lisière orientale de Berlin. Le premier édifice, une église de pierre des champs longue de 52 mètres et large de 16, remonte aux années 1250. Ses vestiges se lisent encore dans le mur nord de la ruine actuelle. Dès la fin du XIIIe siècle, les moines lancent un chantier plus ambitieux : une basilique de briques à trois nefs, achevée dans la première moitié du XIVe siècle. Le chœur allongé, de style gothique, tranche avec la nef d’allure romane, un dessin inhabituel pour l’époque. En 1365, l’électeur Louis II de Brandebourg est enterré dans l’église.

Du monastère à l’école : quatre siècles d’usage

La Réforme gagne Berlin en 1539 et le couvent franciscain est dissous. Les moines gardent seulement le droit d’y finir leurs jours, et le dernier d’entre eux meurt en 1571. La même année, l’alchimiste Leonhard Thurneysser installe dans les murs la première imprimerie de Berlin, avec un laboratoire, un jardin botanique et des animaux exotiques dans la cour. En 1574, l’électeur Jean-Georges de Brandebourg y ouvre le Berlinisches Gymnasium zum Grauen Kloster, le premier lycée de la ville. L’établissement forme des élèves devenus célèbres, dont l’architecte Karl Friedrich Schinkel et Friedrich Ludwig Jahn, le promoteur de la gymnastique allemande ; le futur chancelier Otto von Bismarck y a étudié. Le complexe conventuel reste presque intact jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Les rénovations du XIXe siècle l’abîment : on abat le clocher à pignon en 1826, on ajoute deux tours à l’ouest en 1842. L’humidité gagne les murs et l’église ferme en 1902 ; elle rouvre en 1936 comme lieu de culte.

Ce qu’on voit aujourd’hui sur place

Le 3 avril 1945, un bombardement détruit l’église. Il subsiste les murs de pourtour au nord, à l’est et à l’ouest ; au sud, le bas-côté a disparu. En 1950, les gravats sont évacués, puis les ruines consolidées entre 1959 et 1963, tandis que les bâtiments conventuels sont rasés pour laisser place à un parc. La construction du métro en 1951 et l’élargissement de la Grunerstraße dans les années 1960 emportent les derniers restes du côté nord, dont le sommet du pignon ouest. Aujourd’hui, on marche entre des murs de briques éventrés, à ciel ouvert. L’abside polygonale se devine encore, percée de fenêtres à réseau ; la nef, elle, n’a plus de couverture. Le plan et les proportions de l’édifice se lisent dans les fondations. Comptez vingt minutes de visite, ou un moment assis sur l’herbe devant le chœur.

Les fouilles et l’histoire du site

Le site a été étudié et restauré entre 1999 et 2004 par l’université technique de Berlin et le service des monuments historiques, puis restauré à nouveau entre 2002 et 2005. En 2014, des sondages archéologiques sont ouverts le long du mur nord : ils mettent au jour des fondations bien conservées du cloître, datées d’environ 1300, ainsi que des vestiges du chapitre. Le résultat répond à une inquiétude : le tunnel du métro construit dans les années 1950 sous le terrain n’a pas détruit toute la substance archéologique, contrairement à ce que l’on craignait. Le débat sur le « centre historique » de Berlin et l’aménagement du Molkenmarkt voisin ramènent régulièrement la Klosterruine dans l’actualité.

Comment y aller depuis Alexanderplatz

Le trajet le plus simple passe par la ligne U2 du métro : une station jusqu’à Klosterstraße, puis trois minutes à pied jusqu’au parc. À pied depuis Alexanderplatz, comptez une quinzaine de minutes par la Klosterstraße. Le site occupe le numéro 73a, à l’angle de la Littenstraße, face au grand axe de la Grunerstraße. On le repère de loin à ses murs de briques restés debout derrière les arbres. Attention au trafic : la Grunerstraße est une voie rapide à plusieurs files, et les passages piétons sont rares ; mieux vaut arriver par la Klosterstraße.

À quoi sert le lieu aujourd’hui

Depuis 1982, la ruine accueille des manifestations culturelles, d’abord des expositions de sculpture organisées par des artistes est-berlinois. À partir de 1992, l’association Förderverein Klosterruine e. V. reprend le flambeau. Depuis 2016, c’est le service Culture du district de Mitte qui programme le lieu. Le principe : inviter des artistes à poser un regard neuf sur les ruines. S’y tiennent des expositions d’art contemporain, des concerts et des pièces de théâtre, dont certaines se jouent entre les murs à ciel ouvert. L’entrée est gratuite, et le site ouvre tous les jours de 10 heures à 18 heures de mai à septembre. Hors saison, les installations restent visibles depuis l’extérieur.

Pour qui visite ce côté-ci du centre, la Klosterruine complète bien une journée à Mitte : à dix minutes de l’Alexanderplatz et du Nikolaiviertel, elle offre une pause calme entre deux monuments.

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