Porte de Brandebourg : histoire et visite
La porte de Brandebourg (Brandenburger Tor) ferme l’extrémité ouest d’Unter den Linden, entre la Pariser Platz à l’est et le Tiergarten à l’ouest. Des dix-huit portes de ville que Berlin a comptées, c’est la seule qui subsiste. Porte de la paix à sa construction, butin de guerre sous Napoléon, frontière de la guerre froide, elle sert aujourd’hui de décor aux célébrations du pays.
Une porte ouverte jour et nuit, sans billet ni montée
Il n’y a rien à visiter à l’intérieur : pas de billet, pas d’étage, pas de montée sur le toit. La porte se traverse à pied par l’un de ses cinq passages, à toute heure. Le seul espace couvert ouvert au public est l’office de tourisme de l’aile sud, tous les jours de 9 h à 18 h.
On voit d’abord un mur de grès clair posé sur douze colonnes doriques cannelées, en deux rangées de six, hautes de 13,5 m. La travée centrale mesure 5,65 m de large, les quatre autres 3,80 m. Le bâtiment culmine à 20,30 m, la quadrige porte le sommet à 26 m environ, l’ensemble court sur 62,5 m pour 11 m d’épaisseur. Sur la face tournée vers la ville, un relief de 1791 occupe l’attique. Les voitures ne passent plus sous la porte depuis mai 2002.
1788-1791 : Langhans s’inspire des Propylées d’Athènes
Frédéric-Guillaume II voulait une sortie de ville qui fasse honneur à son boulevard. Il fit démolir à l’été 1788 la porte baroque de 1734 et confia le chantier à Carl Gotthard Langhans, avec les Propylées de l’Acropole pour modèle. Langhans n’avait jamais vu la Grèce : il travailla d’après les relevés de Julien-David Le Roy et de James Stuart.
Le chantier s’achève en 1791. Pour laisser la vue filer vers le Tiergarten, Langhans amincit les colonnes et remonta l’architrave plus haut que dans le modèle grec. Jusqu’à l’abdication de Guillaume II en 1918, seule la famille impériale et ses invités empruntaient le passage central.
La quadrige de Schadow, enlevée par Napoléon en 1806, de retour en 1814
En 1793, Johann Gottfried Schadow installa sur l’attique un char à quatre chevaux mené par Victoria. La déesse regarde vers l’est, vers le centre de Berlin. Une légende tenace veut qu’elle ait été retournée un temps vers l’ouest : elle n’a jamais changé de sens.
Après Iéna, en 1806, Napoléon fit descendre la quadrige et l’expédia à Paris comme butin. Elle revint en 1814, restaurée entre le 19 juin et le 18 juillet, avec un nouveau trophée dessiné par Karl Friedrich Schinkel : une couronne de chêne autour de la croix de fer, surmontée d’un aigle couronné.
La sculpture que l’on voit n’est pas celle de 1793. Touchée en 1945, elle a été remplacée par une copie en cuivre posée en 1958. Une tête de cheval de l’original est conservée au Märkisches Museum.
1945 : la porte bombardée, restaurée jusqu’en 2002
Les bombardements ont très endommagé la quadrige et percé le grès. Le monument a été remis en état jusqu’en 1958, dans le secteur soviétique. Puis vinrent des décennies de négligence et de dégâts environnementaux : la pierre s’effritait.
La Stiftung Denkmalschutz Berlin a mené la restauration finale : vingt-deux mois de travaux, une réinauguration le 3 octobre 2002 et un nouvel éclairage signé Kardorff Ingenieure.
Vingt-huit ans dans la zone interdite, du Mur à la chute de 1989
Le 13 août 1961, le Mur a coupé la ville et la porte s’est retrouvée du côté est, au milieu d’une zone interdite. Les Berlinois de l’Ouest la voyaient depuis des plateformes d’observation dressées derrière le Mur. Ceux de l’Est n’y avaient pas accès : seuls les soldats de la frontière et les groupes officiels approchaient le monument.
Le 12 juin 1987, devant la porte, Ronald Reagan a appelé Mikhaïl Gorbatchev à abattre le mur. Vingt-huit ans après le Mur, le 22 décembre 1989, la porte a rouvert devant plus de 100 000 personnes. La nuit du Nouvel An qui a suivi, des spectateurs ont emporté des pièces de la quadrige.
Depuis, elle sert de scène aux grands rendez-vous berlinois. Le marathon la traverse juste avant l’arrivée.
Quand venir : façade éclairée le matin, foule en milieu de journée
Le soleil se lève à l’est, du côté de la Pariser Platz : c’est la face tournée vers la place qui prend la lumière le matin, celle du Tiergarten qui la prend le soir. Avant 9 h, on a le passage central presque pour soi. Entre 11 h et 16 h, les groupes se succèdent.
Le soir, l’éclairage de 2002 détache la porte du fond de la place.
Sur la Pariser Platz : ambassades, Adlon et Akademie der Künste
Rasée à la fin de la guerre et restée vague le long du Mur, la place n’a été reconstruite qu’après 1990. Elle est bordée par les ambassades de France et des États-Unis, l’hôtel Adlon et l’Akademie der Künste. La porte marque l’entrée ouest du quartier de Mitte, celui des musées et des cafés d’Unter den Linden.
Vers l’est, Unter den Linden aligne ses façades jusqu’à l’île aux Musées. À cinq minutes au nord, le Reichstag et sa coupole. À cinq minutes au sud-est, le mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, dont les stèles se parcourent librement. À l’ouest, la porte ouvre sur le Tiergarten et sur la Straße des 17. Juni, qui file vers la colonne de la Victoire.
Comment y aller : S-Bahn, U5 et bus 100
La station S+U Brandenburger Tor est à 200 m. Elle est desservie par le S1 (Wannsee-Oranienburg), le S2 (Blankenfelde-Bernau), le S25 (Teltow Stadt-Hennigsdorf) et le S26 (Teltow Stadt-Blankenburg), ainsi que par l’U5 (Hönow-Hauptbahnhof). Le bus 100, du zoo à Alexanderplatz, s’arrête à Reichstag/Bundestag, à 200 m, et devant la gare, à 300 m. Le bus 300 s’arrête à Behrenstr./Wilhelmstr., à 400 m.
À pied, on arrive par Unter den Linden depuis Friedrichstraße ou depuis le Reichstag. Le Tiergarten commence derrière la porte, le mémorial de l’Holocauste est à cinq minutes, et notre guide du mur de Berlin raconte le reste de l’histoire.
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