Sachsenhausen : visiter le camp de concentration près de Berlin
Le mémorial et musée de Sachsenhausen occupe, à Oranienburg, le site d’un ancien camp de concentration nazi, à environ 35 kilomètres au nord du centre de Berlin. Le camp le plus proche de la capitale a fonctionné de 1936 à 1945, avant que les Soviétiques n’y installent l’un de leurs camps spéciaux. L’entrée est libre, le trajet en S-Bahn direct et une demi-journée suffit depuis le centre.
Un camp modèle du système concentrationnaire (1936-1945)
Sachsenhausen ouvre à l’été 1936, avec des détenus transférés du camp d’Esterwegen et d’autres camps de l’Emsland, qui construisent eux-mêmes le camp. C’est le premier camp créé après la nomination de Heinrich Himmler à la tête de la police allemande en juillet 1936. Son plan triangulaire, ses allées symétriques et son architecture conçus pour exprimer la toute-puissance de la SS en font un camp modèle : l’Inspection des camps de concentration y a son siège, à Oranienburg, et le personnel SS y est formé.
Plus de 200 000 personnes y sont internées entre 1936 et 1945. Les premières sont des opposants politiques allemands, rejointes après 1939 par des détenus venus de toute l’Europe occupée : résistants, travailleurs forcés, prisonniers de guerre, Juifs. Selon les estimations, des dizaines de milliers d’entre eux meurent de faim, de maladie, du travail forcé ou des mauvais traitements, ou sont assassinés. À partir de 1942, plus d’une centaine de kommandos extérieurs et de camps satellites dépendent du camp principal.
La SS aménage en 1942 une installation d’extermination dotée d’un crématorium et d’une installation de tir à la nuque, complétée par une chambre à gaz en 1943. Par cynisme, elle la baptise « Station Z », en écho à la tour A, la tour d’entrée du camp. L’évacuation commence dans la nuit du 21 avril 1945 : plus de 30 000 personnes partent vers le nord-ouest et des milliers meurent sur ces marches de la mort. Le 22 avril 1945, des unités soviétiques et polonaises libèrent le camp, où environ 3 000 malades étaient restés.
Le camp spécial soviétique (1945-1950)
Le camp ne ferme pas avec la guerre. À partir d’août 1945, le NKVD y installe le camp spécial n° 7, qui devient le n° 1 en 1948 et fonctionne jusqu’en mars 1950. Environ 60 000 personnes y sont enfermées : des fonctionnaires nazis de rang subalterne, des anciens militaires, mais aussi des sociaux-démocrates et des adolescents simplement soupçonnés d’avoir appartenu à des groupes de résistance. Selon le mémorial, 12 000 d’entre elles meurent de faim et de maladie. Sur une partie du terrain, occupée par l’armée soviétique, toute commémoration a longtemps été impossible.
Ce que l’on visite aujourd’hui
On entre par le bâtiment de la tour A, dont la grille porte l’inscription « Arbeit macht frei », et l’on débouche sur la place d’appel, un vaste pavement où les détenus étaient comptés pendant des heures. Autour subsistent les bâtiments du camp encore debout, dont l’ancienne cuisine des détenus, où un film d’une trentaine de minutes est projeté pendant les heures d’ouverture. Les baraques 38 et 39 du petit camp, réservées aux détenus juifs entre 1938 et 1942, ont été rebâties pour le mémorial national ouvert en 1961 ; elles accueillent des expositions et portent encore les traces de l’attentat antisémite de la nuit du 25 au 26 septembre 1992.
Le mémorial national, inauguré en avril 1961, occupe la place d’appel : un obélisque frappé de dix-huit triangles rouges, les trois figures de bronze du groupe sculpté qui lui fait face. Hors les murs, dans l’ancienne cour industrielle, Station Z est aujourd’hui le lieu de recueillement central, dressé sur les fondations du crématorium et des installations d’extermination.
Le musée du camp spécial soviétique et plusieurs expositions permanentes complètent la visite, dans un bâtiment moderne qui abrite aussi un café.
Informations pratiques
L’entrée du mémorial et des musées est gratuite. Le centre d’information des visiteurs ouvre tous les jours de 8 h 30 à 17 h ; les espaces extérieurs et les expositions sont accessibles du 31 mars au 26 octobre de 8 h 30 à 18 h, et du 27 octobre au 30 mars de 8 h 30 à 16 h 30. L’audioguide, disponible en français, coûte 3,50 euros par appareil, avec un tarif de groupe à 2,50 euros à partir de dix appareils. Les visites guidées et les ateliers sont payants et se réservent longtemps à l’avance ; comptez 90 à 110 euros pour un groupe en langue étrangère.
Prévoyez au moins deux à trois heures, davantage avec les expositions. Des casiers accueillent les sacs de taille moyenne dans le centre d’information, les grands sacs ne sont pas acceptés. Les vélos et les animaux sont interdits sur le site, seuls les chiens guides font exception. Les contenus et les images ne conviennent pas aux enfants de moins de 12 ans, et le propos pédagogique s’adresse aux élèves à partir de 14 ans. Ne laissez rien de valeur dans votre voiture.
Comment y aller depuis Berlin
Prenez le S-Bahn S 1 en direction d’Oranienburg et descendez au terminus, la gare d’Oranienburg, et non la gare de Sachsenhausen : comptez 45 minutes depuis Friedrichstraße, avec un départ toutes les vingt minutes. De la gare, les bus 804 (direction Malz) et 821 mènent à l’arrêt « Gedenkstätte » ; le mémorial se rejoint aussi en vingt minutes à pied.
Depuis Friedrichstraße ou la gare centrale, il faut un billet de la zone Berlin ABC ; depuis Lichtenberg, un billet BC suffit. D’après le portail de la ville de Berlin, le billet simple ABC coûte 5 euros, le tarif réduit 3,50 euros, et le billet de 24 heures 12,90 euros ; ces titres sont valables dans les bus d’Oranienburg. En voiture, suivez l’A 111 vers Hambourg, puis l’A 10 (Berliner Ring) en direction de Prenzlau jusqu’à la sortie Birkenwerder, la B 96 vers Oranienburg et les panneaux « Gedenkstätte » ; le parking jouxte l’entrée du mémorial.
Visiter avec respect
Sachsenhausen n’est pas un site touristique ordinaire : des milliers de personnes y sont mortes. Parlez à voix basse, évitez de photographier les autres visiteurs, les groupes scolaires et les cérémonies, et suivez la signalétique affichée dans les expositions. Le pique-nique et les discussions bruyantes n’y ont pas leur place. Les groupes scolaires, nombreux, préparent leur venue avec le service pédagogique du mémorial, qui propose des visites et des ateliers sur réservation.
Une demi-journée suffit rarement à tout voir, mais elle suffit à mesurer ce que fut le camp de concentration le plus proche de Berlin.
Pour situer Sachsenhausen dans l’histoire de la ville, notre guide du mur de Berlin revient sur la division et sur les autres lieux de mémoire de la capitale, et notre page sur le métro et les transports berlinois explique comment se repérer dans les zones tarifaires jusqu’à Oranienburg.
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