Le mémorial aux Juifs assassinés d'Europe
Le mémorial aux Juifs assassinés d’Europe occupe une vaste parcelle entre la porte de Brandebourg et Potsdamer Platz, dans le quartier de Mitte. On y entre par les quatre côtés, sans billet et à toute heure. Le sol descend en pente douce. Après quelques mètres, les blocs de béton dépassent la taille d’un homme, la ville disparaît, et il ne reste qu’un couloir de 95 cm de large.
C’est le mémorial central de l’Allemagne pour les victimes juives de la Shoah, jusqu’à six millions de personnes.
2 711 stèles de béton alignées sur 54 axes nord-sud
Le champ repose sur une dalle de 19 000 m², légèrement et irrégulièrement abaissée sous le niveau des rues voisines. Les stèles suivent 54 axes nord-sud et 87 axes est-ouest. Chacune mesure 0,95 m de large et 2,38 m de long. Leur hauteur va de zéro à 4,7 m, avec une inclinaison de 0,5 à 2 degrés. 112 blocs affleurent le sol, dans les bordures et sur le trottoir.
Les passages entre les stèles font 95 cm. On y circule seul, jamais à deux de front. Cette contrainte explique l’impression de vertige : on avance dans des rues qui se resserrent, sans jamais voir l’ensemble.
Le nombre de stèles n’a pas de valeur symbolique, indique la fondation qui gère le site. Le projet prévoyait 4 000 blocs, ramenés à 2 711. 41 arbres bordent le champ.
Seize ans de débat avant l’ouverture de 2005
L’idée naît en août 1988, quand la journaliste Lea Rosh propose un mémorial lors d’une table ronde. En janvier 1989, elle publie avec l’historien Eberhard Jäckel un appel que soutiennent Willy Brandt et Günter Grass. Le site envisagé est d’abord celui de l’ancienne Gestapo, à Kreuzberg. Après la chute du Mur, le projet se déplace vers les anciens jardins ministériels.
Un premier concours, en 1994, reçoit 528 propositions. Le jury décerne deux premiers prix, mais Helmut Kohl refuse le projet de Christine Jackob-Marks, une dalle inclinée de 20 000 m² couverte de noms. En 1997, 25 architectes et sculpteurs sont invités à concourir de nouveau. La commission retient Peter Eisenman et Richard Serra. Serra quitte le chantier en 1998, et Eisenman poursuit seul.
En juin 1999, le Bundestag vote un champ de stèles signé Eisenman, complété par un centre d’information enterré. Les travaux démarrent au printemps 2003. En octobre, la révélation que le béton contient un produit fourni par Degesch, filiale de Degussa liée au Zyklon B, interrompt le chantier. Le conseil de la fondation décide le 13 novembre de reprendre avec le même fournisseur. La dernière stèle est posée le 15 décembre 2004. L’inauguration a lieu le 10 mai 2005 devant 1 200 invités, et le public y accède deux jours plus tard.
Coût : 27,6 millions d’euros, payés par l’État fédéral.
Le terrain est resté vide pendant toute la division
Entre 1961 et 1989, cette bande de terrain longeait le Mur, du côté est. Elle appartenait aux anciens jardins ministériels, au nord de l’ancienne chancellerie du Reich. Le mémorial occupe aujourd’hui cet espace resté libre. Vu du ciel, le champ ressemble à une mer de blocs.
L’Ort der Information occupe quatre salles sous les stèles
Sous le champ, un centre d’information enterré complète la visite. Il compte quatre salles : les dimensions, les familles, les noms et les lieux. Des stations informatiques permettent d’y consulter près de quatre millions de noms.
La fréquentation atteint près d’un demi-million de visiteurs par an. L’entrée est gratuite, comme celle du champ. La fondation recommande la visite à partir de 14 ans et conseille une heure, ou 90 minutes avec l’audioguide payant, disponible en français ; son tarif est affiché au guichet et sur le site de la fondation. L’accès passe par un portique de sécurité et les grands sacs sont interdits, avec une consigne gratuite à l’entrée.
Le champ est ouvert 24 heures sur 24, le centre de 10 h à 18 h
Le champ de stèles ne ferme jamais. Le centre d’information ouvre du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h, avec dernière entrée 45 minutes avant la fermeture. Il reste fermé tous les lundis, ainsi que du 24 au 26 décembre. Le 31 décembre, il ferme à 16 h, et le 1er janvier, il ouvre à midi.
Adresse : Cora-Berliner-Straße 1. Les stations Brandenburger Tor (S1, S2, S25, S26 et U5) et Potsdamer Platz (S-Bahn et U2) sont les plus proches. Treize axes du champ sont aménagés pour les fauteuils roulants, avec une pente limitée à 8 % et un marquage au sol. Des visites guidées gratuites ont lieu le premier dimanche du mois en anglais et le troisième en allemand, à 14 h.
Pique-niques et selfies sur les stèles font débat depuis 2005
Le lieu n’est pas clôturé. Des Berlinois le traversent, des enfants y jouent à cache-cache, des touristes s’allongent sur les blocs pour bronzer. Des représentants des victimes jugent ces usages déplacés.
Peter Eisenman avait anticipé la dispute. Dans un entretien au Spiegel le jour de l’inauguration, l’architecte new-yorkais prévenait que ce ne serait « pas un lieu sacré » et que les gens y pique-niqueraient.
En janvier 2017, l’artiste Shahak Shapira a superposé des selfies pris sur place à des photos de victimes. Son projet Yolocaust a beaucoup circulé ; presque toutes les personnes concernées ont retiré leurs photos.
Le champ est en plein air et presque sans ombre : un ciel couvert vaut mieux qu’un soleil de plomb. Pour choisir vos dates, notre page sur la meilleure saison pour visiter Berlin détaille la météo mois par mois.
Le Reichstag est à quelques minutes, et les galeries d’art de Mitte permettent de prolonger la journée. Pour les autres lieux de mémoire du nazisme, notre guide du mémorial de Sachsenhausen détaille la visite, les horaires et l’accès en S-Bahn.
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