Alte Kommandantur à Unter den Linden

La façade reconstruite de l'Alte Kommandantur au 1 Unter den Linden, avec son bossage, son balcon central et ses aigles de terre cuite sur la balustrade
Photo : Jörg Zägel, licence CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

L’Alte Kommandantur, aussi appelée Kommandantenhaus, se dresse au 1 de l’avenue Unter den Linden, à l’angle de la Schinkelplatz, dans le quartier de Mitte. Le bâtiment ferme l’extrémité est du boulevard, face au Zeughaus et au Musée historique allemand, à côté du palais du Kronprinz. Le bâtiment visible aujourd’hui est une reconstruction achevée en 2003. Elle reprend le volume et la façade d’un édifice disparu pendant la Seconde Guerre mondiale. Le site a successivement accueilli une maison bourgeoise, le commandement de la garnison, un ministère de la RDA et une entreprise.

Une maison du XVIIe siècle à l’entrée d’Unter den Linden

Le premier bâtiment date de 1653 et 1654. Au XVIIe siècle, le Grand Électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg lance le nouveau quartier du Friedrichswerder, à l’intérieur des fortifications de la ville. Il en confie la réalisation à son architecte militaire Johann Gregor Memhardt. En remerciement, Memhardt reçoit un terrain bien situé et y bâtit sa maison à deux étages, la première construction en pierre du quartier.

Le bâtiment se délabre. Entre 1795 et 1796, un palais neuf est élevé à cet endroit pour le secrétaire privé Samuel Schmidt, sur les plans du maître d’œuvre Conrad Friedrich Wilhelm Titel. En 1799, l’armée prussienne y installe le commandement de la garnison de Berlin. La maison devient le Kommandantenhaus, à la fois logement et bureau du commandant de la ville.

Le siège du commandant de Berlin, de Stendhal à Paul von Hase

En 1806, pendant l’occupation de la ville par les troupes de Napoléon, l’écrivain Stendhal y loge comme commissaire des guerres, sous son vrai nom de Marie-Henri Beyle. À partir de 1818, le commandant assure aussi le service de la Neue Wache, construite par Karl Friedrich Schinkel presque en face.

Un grand chantier transforme le bâtiment en 1873 et 1874. On ajoute un étage, le toit à croupe baroque cède la place à un toit plat, et la façade reçoit un décor néo-Renaissance, avec un bossage et des aigles de terre cuite aux angles. La maison reste le siège des commandants de la ville jusqu’en 1945. Pendant la révolution de novembre 1918, le social-démocrate Otto Wels y exerce cette fonction. Le dernier occupant, le général Paul von Hase, entre dans le complot du 20 juillet 1944. Il ordonne de boucler le quartier des ministères autour de la Wilhelmstraße après l’attentat contre Hitler. Arrêté le soir même, il est condamné à mort par le Volksgerichtshof et pendu le 8 août 1944 à la prison de Plötzensee.

De la destruction à la reconstruction de 2003

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les bombardements alliés incendient le Kommandantenhaus. La ruine est démolie dans les années 1950. De 1964 à 1967, la RDA construit à cette place le ministère des Affaires étrangères, dont le pignon donne sur Unter den Linden. Ce bâtiment est abattu à son tour en 1995.

En 1999, le Sénat de Berlin met le terrain en vente. Bertelsmann et sa fondation l’emportent devant 37 concurrents, pour 12,7 millions de marks. Le Sénat pose une condition : rebâtir le volume ancien et restituer la façade historique à l’identique. L’intérieur, lui, reste libre. Le projet est confié à l’architecte de Cologne Thomas van den Valentyn. Les maîtres bâtisseurs berlinois Rupert et York Stuhlemmer prennent en charge la façade.

Il ne reste presque aucun plan d’origine. La reconstitution s’appuie sur un négatif de verre de 40 centimètres sur 40, pris en 1910 par Albrecht Meydenbauer, sur une trentaine de photographies d’amateurs et sur un plan cadastral de 1880. Les fouilles menées sur place en 2001 livrent les fondations. L’analyse des débris montre que le calcaire venait surtout de Silésie. À partir d’octobre 2002, le grès est extrait de deux carrières polonaises, à Radków et à Rakowice. La façade emploie environ 312 tonnes de grès.

Des sculpteurs recréent les lions, les guirlandes de lauriers, les encadrements de fenêtres et le relief d’Achille chez les filles de Lycomède, large de 3,5 mètres. Huit aigles de terre cuite, de 500 kilogrammes chacun, reprennent place sur la balustrade du toit. Le chantier s’achève en novembre 2003.

Une façade du XIXe siècle devant une structure en béton armé

Depuis la rue, rien ne signale la date de construction. La façade reprend le dessin de 1873, avec son bossage, ses fenêtres en plein cintre au rez-de-chaussée, ses frontons et ses aigles. Derrière ce décor ancien se cache une structure neuve en béton armé. L’écart entre les deux époques devient visible à l’arrière, tourné vers la Spree, où la reconstruction assume une écriture moderne. À l’intérieur, une halle, une bibliothèque, des salles de conférence et une haute verrière de verre et d’acier servent aux réceptions et aux événements.

L’Alte Kommandantur ne se visite pas : elle abrite la représentation de Bertelsmann à Berlin et sert aux réunions et aux événements de l’entreprise. On l’observe depuis le trottoir, en levant les yeux vers la balustrade. La Neue Wache, le Zeughaus et l’île aux Musées sont à quelques minutes à pied.

L’Alte Kommandantur se rejoint par la ligne U5

L’adresse est Unter den Linden 1, 10117 Berlin. La station la plus proche est U Museumsinsel, sur la ligne U5 qui traverse le centre, à quelques dizaines de mètres de l’entrée. Autre solution, descendre à U Hausvogteiplatz, sur la ligne U2, à environ 500 mètres de là.

En chemin, on croise la Neue Wache et l’Alte Bibliothek. Berlin se découvre aussi par-dessous. Les souterrains de Berlin se visitent avec l’association Berliner Unterwelten, qui ouvre des abris de la Seconde Guerre mondiale et des galeries techniques. La sortie complète bien une promenade sur Unter den Linden.

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