Berliner Unterwelten : visiter les souterrains de Berlin
Sous les rues de Berlin, la ville continue : bunkers de la Seconde Guerre mondiale, abris anti-aériens, tunnels creusés pour fuir l’Est, réseau d’eau et d’égouts. L’association Berliner Unterwelten e.V. ouvre ce patrimoine enfoui depuis la fin des années 1990 et propose chaque semaine une dizaine de visites guidées, du bunker de quartier à la tour anti-aérienne.
Une association née en 1997
Berliner Unterwelten, « les mondes souterrains de Berlin », a été fondée en 1997 par un groupe de passionnés d’histoire. L’association explore, documente et remet en état des ouvrages oubliés, presque toujours sans aide publique. Elle compte près de 580 membres et intervient sur une quatorzaine de sites enterrés. En 2006, son travail de sauvegarde lui a valu la « Silberne Halbkugel », la plus haute distinction allemande du patrimoine bâti.
Le centre de visiteurs de la Brunnenstraße
Presque toutes les visites commencent à Gesundbrunnen, dans le nord de Berlin, desservi par la ligne U8, les lignes S1, S2 et S25 et le Ring (S41, S42). Le centre de visiteurs et la billetterie occupent un pavillon au 105 de la Brunnenstraße, à côté de l’entrée sud de la station de métro, face au bunker de Gesundbrunnen. On y retire les billets réservés en ligne, et la boutique de livres ouvre tous les jours de 10 h à 15 h 30.
L’exposition « Hitlers Pläne für Berlin : Mythos Germania » descend 39 marches dans deux niveaux oubliés de la station et revient sur les projets de reconstruction nazis. Elle se visite le samedi de 11 h à 17 h, dernière entrée à 16 h, pour 6 euros (5 euros en tarif réduit, 3 euros avec un billet de visite).
« Dunkle Welten », la visite la plus demandée
La visite phare, « Dunkle Welten » (mondes sombres), dure environ 90 minutes. Le guide pousse une porte verte anodine sur un quai de la U8 et fait descendre le groupe dans un abri anti-aérien aménagé sur plusieurs niveaux pendant la guerre. Couloirs étroits, salles de repos, ancienne chambre d’enfants, inscriptions d’époque (« Ausgang », « Rauchen verboten ») : rien n’a été mis en scène. Des vitrines rassemblent les objets sortis des fouilles, masques à gaz, éclats d’obus, matériel de secours. La visite raconte aussi le réseau d’eau et d’égouts, l’ancienne poste pneumatique et l’histoire de la ligne 8. C’est la meilleure entrée en matière pour comprendre la ville sous la ville.
La Flakturm du Humboldthain
Deuxième temps fort, la tour anti-aérienne (Flakturm) du Humboldthain, dans le parc du même nom. La visite « Vom Flakturm zum Trümmerberg », de la tour de défense à la colline de gravats, ouvre la ruine de la tour de conduite de tir et trois de ses sept étages. Les murs de béton atteignent plusieurs mètres d’épaisseur et les salles restent nues, éventrées par les démolitions d’après-guerre. Le guide explique comment la colline du Humboldthain a été rehaussée avec les décombres de la ville bombardée. La visite n’est proposée que d’avril à octobre, pour laisser les chauves-souris hiberner, et elle est réservée aux personnes de 18 ans et plus.
Sous le mur de Berlin : les tunnels d’évasion
La visite « Unterirdisch in die Freiheit », vers la liberté sous terre, est la plus forte en émotion. Après la construction du mur en août 1961, des Berlinois de l’Ouest ont creusé des tunnels sous les installations frontalières pour faire passer leurs proches. On connaît plus de 75 tentatives, dont 19 seulement ont abouti ; jusqu’à 450 habitants de RDA seraient passés par ces boyaux. La visite descend neuf mètres sous terre, dans le seul tunnel d’évasion original conservé, creusé en 1970 et 1971, rendu accessible par un tunnel de trente mètres construit par l’association. Dans les voûtes de l’ancienne brasserie Oswald, des reconstitutions grandeur nature racontent le travail des creuseurs et les projets Tunnel 29 et Tunnel 57.
Métro, bunkers et guerre froide : les autres visites
Le programme compte une dizaine de tours. « U-Bahn, Bunker, Kalter Krieg » explore la défense civile de Berlin-Ouest et les dispositifs installés dans le métro pendant la division. « Atombunker Pankstraße », lancée en 2026, ouvre l’ancien abri polyvalent de la station Pankstraße. « Der AEG-Tunnel » descend dans le premier tunnel de métro de la ville, percé en 1896. « Tunnel und Bunker Dresdener Straße » traverse un souterrain à la peinture phosphorescente et un bunker qui servait de poste frontière. Les sorties « Humboldthain Extrem » et « Humboldthain Spezial » visent un public sportif et exigent chaussures montantes et lampe torche puissante.
Réserver : créneaux, langues et tarifs
Les visites partent toute l’année et se réservent en ligne jusqu’à 30 jours à l’avance. La plupart des tours existent en allemand et en anglais, et plusieurs sont proposés en français, en italien, en espagnol, en néerlandais et en danois. Comptez 18 euros par visite, 13 euros en tarif réduit pour les élèves, étudiants, apprentis, demandeurs d’emploi et personnes handicapées ; les visites spéciales ont leurs propres tarifs. Les billets ne sont ni échangeables ni remboursables.
Conseils pratiques avant de descendre
Il faut des chaussures fermées et plates : sandales, ballerines et talons sont refusés, et pour les visites de la Flakturm le personnel contrôle la semelle avant l’entrée ; des casques sont prêtés. Plusieurs souterrains restent entre 8 et 14 degrés toute l’année, une veste est utile même en été. On marche et on reste debout la majeure partie du temps, avec de nombreux escaliers et peu de sièges.
Côté accès, les enfants de moins de 7 ans ne sont pas admis, l’âge conseillé est de 13 ans et plus, et deux visites imposent 18 ans. Sauf exception, les lieux ne sont pas accessibles en fauteuil roulant, seul l’Operationsbunker Teichstraße l’étant. Il n’y a pas de toilettes sur place et les photos sont interdites pendant les visites.
Que voir autour : Mauerpark et le mur au nord
Le centre de visiteurs se trouve à la lisière de Wedding et de Prenzlauer Berg, ce qui permet de combiner la sortie avec deux étapes voisines. Le Mauerpark, ancien no man’s land devenu parc, est à une quinzaine de minutes à pied ; le dimanche, son marché aux puces occupe le bord du parc de 10 h à 18 h, entrée libre. Juste à côté, le Mauerweg suit le tracé de l’ancien mur vers le nord, et la Bernauer Straße, point de départ de la visite sur les tunnels d’évasion, conserve un long tronçon de la frontière avec le mémorial du mur de Berlin.
De l’abri anti-aérien au tunnel d’évasion, Berliner Unterwelten raconte une ville qui s’est cachée, puis reconstruite sur ses ruines. Les visites les plus demandées partent vite en haute saison : si un créneau est complet, de nouvelles dates apparaissent en général un mois à l’avance.
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