Nikolaiviertel : le vieux Berlin reconstruit

Les deux clochers de la Nikolaikirche vus depuis le Nikolaikirchplatz, avec des tables de café au premier plan
Photo : Yair Haklai, licence CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Le Nikolaiviertel tient dans quelques rues, entre la Spree et l’Alexanderplatz. On y entre par la Poststraße, et les grandes artères disparaissent d’un coup : pavés, façades colorées, enseignes en fer forgé. Presque rien n’est ancien, pourtant. Le quartier a été détruit pendant la guerre, puis reconstruit entre 1981 et 1987 pour les 750 ans de Berlin. Ce décor superpose deux époques : la ville médiévale dont il reprend le tracé, et la RDA des années 1980 qui l’a inventé.

Un quartier détruit, reconstruit pour les 750 ans de Berlin

Berlin naît au début du XIIIe siècle sur la rive est de la Spree, autour d’un passage sur la rivière, le Mühlendamm. La Nikolaikirche est commencée vers 1220 et achevée vers 1230, au milieu d’une bourgade de commerçants. Le quartier garde ensuite ses ruelles et ses ateliers jusqu’au XIXe siècle.

Les bombardements alliés et les combats de rue, entre 1943 et 1945, détruisent presque tout. Les ruines sont déblayées, et la zone reste vide pendant des décennies.

En janvier 1980, le politburo de la SED approuve les plans du bureau d’urbanisme : on rebâtira sur le tracé médiéval. Le chantier dure de 1981 à 1987 sous la direction de Günter Stahn, et le quartier est inauguré le 14 mai 1987 par Erich Honecker. Soixante logements sur huit cents sont en brique ; le reste sort d’usine, en panneaux préfabriqués habillés de pignons. Depuis 2018, l’ensemble est inscrit à la liste des monuments de Berlin.

Le Nikolaiviertel appartient à l’arrondissement de Mitte, dont il occupe la pointe historique. Notre guide du quartier de Mitte le replace parmi l’île aux musées, Hackescher Markt et le Gendarmenmarkt, tous à moins de vingt minutes à pied.

La Nikolaikirche, plus vieux bâtiment de la ville

L’église a été élevée à partir de 1220, en pierre des champs, comme basilique romane tardive, puis transformée vers 1264 en église-halle gothique. La tour unique du Moyen Âge cède la place, entre 1876 et 1878, au double clocher néogothique.

Détruite entre 1943 et 1945, elle reste une ruine jusqu’en 1984. Sa reconstruction s’achève pour les 750 ans de Berlin, et le bâtiment devient un musée en 1987, rattaché à la Stiftung Stadtmuseum Berlin. On y voit un modèle de la ville médiévale, les tombes des grandes familles berlinoises et la crypte Bayer, présentée comme la plus ancienne pièce de Berlin.

L’Ephraim-Palais et les maisons bourgeoises

Au sud, l’Ephraim-Palais a été construit de 1762 à 1766 par Friedrich Wilhelm Diterichs pour Veitel Heine Ephraim, joaillier de la cour et financier de Frédéric II. Sa façade d’angle arrondie et ses balcons dorés en font un des plus beaux exemples du rococo berlinois ; on l’appelait « la plus belle corne de Berlin ». Démoli en 1936 pour élargir le Mühlendamm, le palais est rebâti de 1985 à 1987, à douze mètres de son emplacement, avec des éléments de façade d’origine.

À quelques pas, le Knoblauchhaus date d’environ 1760. C’est l’une des dernières maisons bourgeoises du XVIIIe siècle à Berlin. Elle a appartenu à une famille de négociants, dont est issu l’architecte Eduard Knoblauch, auteur de la Nouvelle Synagogue. Depuis 1989, le musée reconstitue des intérieurs Biedermeier.

L’auberge Zum Nußbaum, un peu plus loin, est une copie. L’originale, probablement bâtie en 1571, se trouvait de l’autre côté de la Spree et a été détruite en 1943. Heinrich Zille, Otto Nagel et Claire Waldoff y avaient leurs habitudes.

Se promener entre fontaine, statues et ruelles

La Poststraße traverse le quartier du nord au sud, la Propststraße longe l’église, et l’Eiergasse, longue de seize mètres, passe pour la rue la plus courte de Berlin.

Devant l’entrée de la Nikolaikirche se dresse la fontaine de la fondation, dessinée par Gerhard Thieme et installée en 1987. Le bassin octogonal fait quatre mètres de large ; une colonne de six mètres porte un ours qui tient un écu à l’aigle.

Sur le parvis, Clio et l’Allégorie de la science, deux bronzes d’Albert Wolff, viennent du monument équestre de Frédéric-Guillaume III, fondu après la guerre. Au bord de la Spree, le saint Georges d’August Kiß (1849-1853) provient de la cour du château.

L’accueil critique a été frais, en RDA. Bruno Flierl parle en 1985 d’un « marché de Noël » et, plus tard, d’un décor « un peu comme Las Vegas, un peu comme une maison de poupées ». Le jugement est sévère, mais il décrit bien le lieu : une mise en scène assumée.

Manger et boire sur place

Une vingtaine de restaurants, cafés et brasseries occupent le quartier. Zum Nußbaum, Zur Gerichtslaube et Mutter Hoppe servent une cuisine berlinoise. Les terrasses du Nikolaikirchplatz et de la Propststraße sont les plus agréables : on y mange face à l’église. Le Hanf Museum, unique en Allemagne, et le Zille Museum complètent la visite.

Y aller

Le quartier est piéton, libre d’accès et ouvert à toute heure. Le plus simple est d’arriver par l’U5 Rotes Rathaus, à 500 mètres de l’Ephraim-Palais ; l’U2 Klosterstraße est à 600 mètres, l’Alexanderplatz à 800 mètres. Le bus 200 s’arrête à Rotes Rathaus, les tramways M1, M4, M5 et M6 à Spandauer Straße.

La Nikolaikirche ouvre tous les jours de 10 à 18 heures ; l’Ephraim-Palais et le Knoblauchhaus ouvrent du mardi au dimanche aux mêmes horaires et ferment le lundi. Comptez 7 euros par musée, ou 15 euros pour les trois sur deux jours consécutifs ; l’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans.

Deux heures suffisent pour les ruelles, une demi-journée avec les musées. Les pavés sont irréguliers : des chaussures plates valent mieux que des talons. L’église est accessible sans marche, le Knoblauchhaus se mérite par trois marches.

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