Berlin au cinéma : les lieux de tournage à visiter

Le Berlinale Palast, ancien Theater am Potsdamer Platz, salle principale de la Berlinale depuis 2000
Photo : Musical1, licence CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Berlin est la capitale européenne du cinéma, et l’essentiel de cette histoire se visite à pied, dans la ville réelle. Studios centenaires, festival public, rues-décors : le cinéma a marqué Berlin, et Berlin a marqué le cinéma. Voici ce qu’il en reste à voir sur place.

La Berlinale, un festival pensé pour le public

Chaque année en février, la ville devient le centre du cinéma mondial. La Berlinale se présente comme le plus grand festival de cinéma public du monde : autour de 300 000 billets vendus à chaque édition récente, avec un record de plus de 343 000 en 2026. La 77e édition est fixée du 10 au 21 février 2027, avec en clôture deux journées spécialement ouvertes au public, les 20 et 21 février.

Contrairement à d’autres grands festivals, presque tout se joue ici dans des salles accessibles à tous : on achète sa place comme pour un concert, on fait la queue devant le Berlinale Palast, sur la Marlene-Dietrich-Platz, au cœur de la Potsdamer Platz.

Potsdamer Platz, du terrain vague au quartier des cinémas

Aucun lieu ne résume mieux le lien de Berlin avec le cinéma. En 1986, Wim Wenders y tourne Les Ailes du désir, adieu poétique au Berlin-Ouest : le vieux poète du film cherche la Potsdamer Platz dans un terrain vague balayé par le vent, au pied du Mur, car la place la plus célèbre d’Europe a littéralement disparu. Un quart de siècle plus tard, elle renaît comme quartier des cinémas. Le Berlinale Palast, dessiné par Renzo Piano, accueille depuis l’édition 2000 les avant-premières, le film d’ouverture et la remise des Ours d’or. Les anges du film de Wenders, eux, hantaient la Staatsbibliothek, la grande bibliothèque ouverte en 1978 à quelques minutes de la place : elle fonctionne toujours. Notre guide de la Potsdamer Platz raconte cette renaissance.

Sur les traces de Lola, Victoria et Good Bye, Lenin !

Les films des années 1990 et 2000 ont utilisé Berlin comme un décor grandeur nature, et leurs parcours se refont à pied. Run Lola Run (1998) de Tom Tykwer court du Gendarmenmarkt aux bouches de métro, jusqu’aux arches de l’Oberbaumbrücke, tandis que Manni, son compagnon, oublie le sac de 100 000 marks dans une station de métro. Victoria (2015) de Sebastian Schipper pousse le jeu plus loin : un braquage filmé en un seul plan-séquence continu, de 4 h 30 à 6 h 48 du matin, dans les rues désertes de Berlin-Mitte. Quant à Good Bye, Lenin ! (2003), la plupart des scènes ont été tournées sur la Karl-Marx-Allee et dans les grands ensembles autour d’Alexanderplatz, la tour de télévision en toile de fond ; l’horloge universelle de la place, la Weltzeituhr, y compte les jours. Pour visiter la place et monter dans la tour, notre guide d’Alexanderplatz détaille tout.

Babelsberg, berceau du cinéma allemand

À Potsdam, la ville voisine, les studios Babelsberg tournent depuis 1912 : c’est le plus ancien grand studio de cinéma du monde et le plus vaste d’Europe. Fritz Lang y a tourné Metropolis (1927) dans un hall immense construit pour l’occasion, rebaptisé depuis Marlene-Dietrich-Halle, et Josef von Sternberg y a dirigé Marlene Dietrich dans L’Ange bleu (1930). Les productions internationales n’ont jamais cessé d’y revenir : Steven Spielberg y a construit les décors du Pont des espions (2015), dont la scène finale de l’échange a été tournée sur le vrai pont de Glienicke, tout proche ; Wes Anderson y a produit The Grand Budapest Hotel (2014), présenté en première mondiale à la Berlinale ; et Babylon Berlin, la série événement, a fait édifier sur le backlot une rue entière du Berlin de 1929, la Neue Berliner Straße. Les intérieurs du cabaret Moka Efti ont été tournés plus près du centre, dans l’ancien cinéma muet Delphi de Weißensee (Gustav-Adolf-Straße 2), aujourd’hui salle de spectacles. Les studios se visitent en visites guidées.

Le Mur, la Stasi et la guerre froide en décor

Le Mur de Berlin reste la figure la plus célèbre du cinéma berlinois, et ses vestiges se visitent en vrai. La Vie des autres (2006), Oscar du meilleur film étranger, a été tourné à Berlin en 2004, en partie dans les locaux conservés de l’ancienne centrale de la Stasi, rue Normannenstraße, aujourd’hui lieu de mémoire ouvert au public. La plus longue portion du Mur encore debout, 1,3 kilomètre le long de la Spree, forme l’East Side Gallery, la plus longue galerie à ciel ouvert du monde. Petit rappel salutaire : le Berlin de cinéma n’est pas toujours le vrai. Atomic Blonde (2017), qui raconte la chute du Mur, a été tourné pour l’essentiel à Budapest, avec une seule semaine de prises de vue réelles à Berlin, à Alexanderplatz et devant l’église du Souvenir. La visite de la galerie est détaillée dans notre guide de l’East Side Gallery.

Salles centenaires : le cinéma se vit encore en salle

Les cinéphiles ne se contenteront pas des décors : Berlin compte encore des salles historiques en activité. Le Babylon, à Mitte, ouvre en 1929 comme cinéma du muet, dessiné par Hans Poelzig ; fermé en 1993 pour risque d’effondrement, restauré à l’identique, il rouvre en 2001. C’est le dernier cinéma berlinois de l’époque du muet encore en service : son orgue d’origine accompagne toujours les films muets en direct. Il se trouve au 30, Rosa-Luxemburg-Straße, face à la Volksbühne.

Le Kino International, au 33 de la Karl-Marx-Allee, est l’autre monument : ouvert en 1963, il servait de salle de prestige aux premières de la RDA. Le 9 novembre 1989, pendant la première de Coming Out, le Mur est tombé : le public est sorti de la salle dans un pays qui n’existait plus le matin même. Classé monument historique, le cinéma a rouvert en 2026 après dix-huit mois de travaux, toujours comme salle de la Berlinale.

À l’ouest, le Zoo Palast (Hardenbergstraße 29a) a longtemps été le cœur du festival, de 1957 à 1999 ; rouvert en 2013 dans une version modernisée, il accueille à nouveau la Berlinale. Entre ces trois salles, une séance s’improvise tous les soirs de la semaine.

Une journée sur les traces des films

Pour transformer la balade en itinéraire cinéphile : le matin, Alexanderplatz, la Karl-Marx-Allee et le Kino International ; l’après-midi, le Babylon à Mitte ; en fin de journée, l’East Side Gallery au soleil couchant. Terminez par la porte de Brandebourg, dont l’image a accompagné à l’écran toutes les grandes pages de l’histoire allemande : notre guide dédié prépare la visite.

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