Le buste de Néfertiti au Neues Museum
Le buste de Néfertiti est une sculpture de calcaire peint, haute d’environ 48 centimètres et pesant près de 20 kilos. Elle représente le visage de Néfertiti, la grande épouse royale du pharaon Akhenaton, et date du XIVe siècle avant notre ère. Depuis 2009, elle est exposée au Neues Museum, sur l’île aux Musées de Berlin. Ce buste compte parmi les visages les plus connus de l’Antiquité.
Un buste de calcaire peint attribué au sculpteur Thoutmès
Le buste se compose d’un noyau de calcaire recouvert de fines couches de stuc peint. Le visage est presque intact et très symétrique : long cou, sourcils arqués, pommettes hautes, nez fin, lèvres peintes en rouge. Néfertiti porte la couronne bleue qui la caractérise, ornée d’un bandeau doré et d’un uræus, le cobra royal aujourd’hui cassé. Un large collier à motifs floraux orne son cou ; ses oreilles sont en partie abîmées. L’œuvre ne porte aucune inscription, mais la couronne suffit à identifier la reine. Le sculpteur Thoutmès est généralement considéré comme l’auteur, car le buste vient de son atelier d’Amarna ; on le date vers 1345 avant notre ère. Sa fonction exacte reste discutée : il a peut-être servi de modèle pour d’autres portraits officiels.
La découverte du 6 décembre 1912 à Tell el-Amarna
Le buste a été mis au jour le 6 décembre 1912 à Tell el-Amarna, l’ancienne capitale fondée par Akhenaton. Une équipe allemande dirigée par l’archéologue Ludwig Borchardt fouillait le quartier des sculpteurs. La pièce se trouvait dans l’atelier de Thoutmès, parmi d’autres bustes inachevés. Le partage des trouvailles donne lieu à des négociations en 1913 avec Gustave Lefebvre, représentant français des antiquités égyptiennes : Borchardt obtient de rapporter le buste à Berlin pour l’étudier. À son arrivée, la pièce est remise à James Simon, l’entrepreneur qui finançait les fouilles, qui la cède aux musées de Berlin en 1920. Le buste reste caché au public jusqu’en 1923 et prend place au Neues Museum en 1924.
Les déplacements du buste jusqu’à son retour en 2009
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les musées de Berlin mettent leurs collections à l’abri. Le buste est d’abord rangé dans un bunker, en 1941. En mars 1945, il est caché dans une mine de sel de Thuringe, où l’armée américaine le retrouve. Il passe ensuite par Francfort et Wiesbaden, exposé dix ans. En 1956, il revient à Berlin-Ouest, au musée de Dahlem. En 1967, il rejoint le musée égyptien de Charlottenburg, où il demeure jusqu’en 2005, avant de gagner l’Altes Museum. En octobre 2009, à la réouverture du Neues Museum, il retrouve l’emplacement qu’il occupait avant la guerre. Ce retour a supposé de longs travaux : bombardé en 1943, le Neues Museum a été restauré sous la conduite de l’architecte britannique David Chipperfield.
L’œil gauche du buste n’a jamais reçu son iris
Le visage est intact, à une exception près : l’œil gauche n’a pas d’iris. L’œil droit contient une incrustation de quartz noire, fixée à la cire d’abeille ; le fond de l’orbite gauche est resté en calcaire brut. À la découverte, Borchardt suppose que l’iris est tombé à la ruine de l’atelier, mais les fouilles ne l’ont pas retrouvé. Dietrich Wildung, alors directeur du musée égyptien de Berlin, voit plutôt dans ce buste un modèle d’apprentissage : le maître aurait laissé l’œil gauche inachevé pour expliquer la structure interne de l’œil. Zahi Hawass soutient au contraire que l’iris a été détruit plus tard. Un scanner mené en 2006 par Alexander Huppertz a révélé une seconde face sous le stuc, marquée par des rides : Thoutmès avait ajouté du plâtre sous les joues et les yeux pour vieillir légèrement le portrait.
Néfertiti, grande épouse royale du pharaon Akhenaton
Néfertiti, dont le nom signifie « la Belle est venue », fut la grande épouse royale d’Akhenaton, un pharaon de la XVIIIe dynastie. Akhenaton a imposé le culte du disque solaire Aton. Elle a donné naissance à six filles ; l’une d’elles, Ânkhésenpaaton, épousera plus tard Toutânkhamon. Les origines de la reine restent incertaines : son nom semble la désigner comme étrangère, mais des indices de la tombe du haut fonctionnaire Aÿ la rattachent à l’élite égyptienne.
L’Égypte réclame le buste depuis 1924
Dès l’exposition publique de 1924, les autorités égyptiennes demandent le retour du buste. En 1925, elles menacent d’interdire les fouilles allemandes ; en 1929, elles proposent un échange contre d’autres objets, sans succès. En 1933, Hermann Göring envisage de le rendre au roi Fouad Ier, mais Adolf Hitler s’y oppose et promet de bâtir un musée pour l’accueillir. Les demandes reprennent dans les années 1950, puis en 2005 et 2007 sous l’impulsion de Zahi Hawass. En 2011, une nouvelle requête est rejetée par le secrétaire d’État allemand à la Culture, et en 2024, Zahi Hawass relance une pétition. L’Allemagne s’appuie sur le protocole de partage de 1913, signé par les fouilleurs allemands et les autorités françaises.
Visiter le buste au Neues Museum : horaires et billets
Le buste occupe une salle propre dans l’exposition permanente d’Égypte ancienne du Neues Museum. Le musée se dresse sur l’île aux Musées, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, en plein cœur de Berlin. L’entrée se fait par la James-Simon-Galerie, dans la Bodestraße, côté Mitte. Autour du musée, les rues du quartier de Mitte alignent cafés, galeries et cours intérieures qui prolongent la visite : notre guide du quartier de Mitte en détaille les itinéraires.
Le Neues Museum ouvre du mardi au dimanche, de 10 heures à 18 heures, et reste fermé le lundi. L’accès au buste est couvert par le billet de l’île aux Musées, qui donne aussi entrée aux autres musées de l’île. Les tarifs, les réservations et les fermetures pour entretien figurent sur le site des Staatliche Museen zu Berlin, smb.museum.
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