Topographie des Terrors, siège de la Gestapo

La façade vitrée à lamelles métalliques du centre de documentation Topographie des Terrors, avec le Martin-Gropius-Bau à droite
Photo : Josef Streichholz, licence CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

On arrive par la Niederkirchnerstraße, entre le Martin-Gropius-Bau et un terrain de gravier. Sur le trottoir, un mur gris de trois mètres court sur deux cents mètres, ébréché par endroits. Derrière, une longue barre de verre et de métal. Le reste est vide, ou presque. C’est pourtant là que se trouvait le centre de commandement de la terreur nazie, et ce vide est ce que le lieu donne à voir.

Un terrain de gravier, un mur d’origine et une barre de verre

Il est authentique : un morceau du mur de Berlin conservé tel quel, avec les éclats et les trous de la chute de 1989, classé monument historique en 1990. Il marquait ici la frontière entre Mitte, en secteur soviétique, et Kreuzberg, en secteur américain.

Derrière, une tranchée d’exposition longe les murs de cave dégagés de l’ancienne Prinz-Albrecht-Straße. Sous un toit de verre, des panneaux racontent Berlin entre 1933 et 1945. On les aperçoit depuis le trottoir.

Le bâtiment date de 2010 : deux niveaux, une façade vitrée habillée de lamelles métalliques, un volume volontairement sobre. Ursula Wilms l’a conçu avec le paysagiste Heinz W. Hallmann.

Le sol surprend. Du gravier partout, aucune pelouse. Une large part du terrain est couverte de ballast pour protéger les fondations du Hausgefängnis, la prison interne de la Gestapo, jamais dégagées. On marche sur le lieu du crime sans le voir, et beaucoup de visiteurs restent un moment perplexes devant ces cailloux.

De 1933 à 1945, la Gestapo, la SS et l’Office central de sécurité du Reich sur le même pâté de maisons

La Gestapo naît en avril 1933. En Prusse, Hermann Göring transforme la police politique en administration autonome, dotée de pouvoirs étendus. Le Geheime Staatspolizeiamt s’installe dans une ancienne école des arts décoratifs, au 8 Prinz-Albrecht-Straße, aujourd’hui Niederkirchnerstraße 8.

L’adresse devient le centre nerveux de l’appareil répressif : le personnel de Heinrich Himmler, Reichsführer-SS, y siège. Le service de renseignement de la SS, le SD de Reinhard Heydrich, s’installe en 1934 dans le palais Prinz Albrecht, au 102 Wilhelmstraße. À partir de 1939, l’Office central de sécurité du Reich (RSHA) y coordonne police de sécurité et SD, donc la persécution et les déportations.

Dans les sous-sols du 8, la Gestapo aménage sa propre prison : trente-huit cellules individuelles et une cellule collective, un ensemble étroit même après 1936. Les interrogatoires duraient des heures, des jours, parfois des semaines, souvent sous la torture. La plupart des détenus ne faisaient qu’y passer, avant un camp ou une autre prison. Leur nombre total entre 1933 et 1945 n’est pas connu, les historiens parlent de plusieurs milliers.

Le mot « topographie » se prend ici au sens de description d’un espace, avec ses rues et ses services. L’expression a remplacé celle de « terrain Prinz-Albrecht ».

Autodrome, gravats et concours perdu : quarante ans avant le bâtiment de 2010

Les immeubles sont bombardés, puis dynamités et déblayés jusqu’au milieu des années 1950. La division repousse le terrain à la lisière de Berlin-Ouest, et le mur le borde au nord dès 1961. À la fin des années 1960, un autodrome s’y installe, où l’on conduisait sans permis, et une entreprise de gravats occupe le reste.

Le lieu est redécouvert à la fin des années 1970, porté par des associations de victimes et par la rénovation du Martin-Gropius-Bau voisin. En 1983, le Sénat lance un concours : 194 projets, un lauréat désigné, puis un renoncement fin 1984. Le terrain est simplement aménagé, et une exposition ouvre le 4 juillet 1987 dans un pavillon de Jürg Steiner, pour les 750 ans de la ville. Prévue pour un an, elle est prolongée sans date de fin.

Peter Zumthor est choisi en 1993, le chantier démarre en 1997, s’arrête en 1999, et les responsables politiques l’abandonnent en mai 2004 devant l’explosion des coûts. Les trois tours d’escalier déjà coulées sont démolies. Le concours relancé en 2005 revient en janvier 2006 à Ursula Wilms et Heinz W. Hallmann. Le chantier commence en novembre 2007, le centre ouvre le 6 mai 2010.

Cinq chapitres, des photographies et des pupitres de documents

L’exposition permanente tient dans 800 mètres carrés, en cinq chapitres, en allemand et en anglais. Elle repose presque uniquement sur des photographies historiques, avec des textes courts et des citations. Sous chaque panneau, des pupitres présentent des documents classés par thème. Des bornes multimédias et des classeurs consultables complètent le parcours.

Les objets sont rares. Le centre documente un appareil, ses services, ses hommes, ses méthodes, et la façon dont la persécution s’est organisée bureau par bureau. Comptez une heure, un peu plus si vous ouvrez les classeurs.

Un audioguide d’une heure existe en 22 langues, français compris, gratuit sur place ou sur son téléphone via le wifi.

Gratuit, tous les jours de 10 h à 20 h, fermé trois jours par an

Adresse : Niederkirchnerstraße 8, 10963 Berlin. Téléphone : 030 254509-50.

Selon le site officiel, les expositions ouvrent tous les jours de 10 h à 20 h, tranchée d’exposition et expositions temporaires comprises. Les autres espaces du terrain, avec le parcours en 15 stations, restent accessibles jusqu’à la tombée de la nuit, 20 h au plus tard. Le centre ferme le 24 décembre, le 31 décembre et le 1er janvier. La bibliothèque ouvre du lundi au vendredi de 10 h à 17 h.

L’entrée est libre, sans billet ni réservation. U-Bahn U2 à Potsdamer Platz ou U6 à Kochstraße, S-Bahn à Anhalter Bahnhof ou Potsdamer Platz. Pas de parking sur place.

Les visites guidées publiques sont gratuites et sans inscription : samedi et dimanche à 14 h en allemand, à 15 h 30 en anglais, une heure, rendez-vous aux points signalés quinze minutes avant. Les espaces sont accessibles en fauteuil roulant, empruntable gratuitement à l’accueil.

À partir de 17 h, quand les groupes sont repartis

Le centre recommande lui-même la fin d’après-midi, à partir de 17 h, pour traverser les salles sans bousculade. Entre 11 h et 15 h, les cars scolaires se succèdent devant les panneaux.

La partie extérieure se visite librement, et le mur se voit depuis la rue sans franchir l’entrée. Beaucoup de passants longent les 200 mètres de béton sans entrer, ce qui rate l’essentiel.

Le Martin-Gropius-Bau occupe le numéro 7, juste à l’ouest. Le Checkpoint Charlie est à 650 mètres à l’est, une dizaine de minutes de marche. Le site se trouve en lisière de Mitte, côté quartier voisin de Kreuzberg, où l’on mange à prix raisonnable après la visite. Le jardin Prinzessinnengarten est à près de deux kilomètres, vers Moritzplatz.

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