Église du souvenir, l'église cassée à Berlin
Au milieu du Breitscheidplatz, une tour de tuf éventrée dresse encore ses cadrans d’horloge au-dessus des cafés, à côté d’une église bleue posée sur un socle de béton. Les Berlinois l’appellent la « dent creuse », der Hohle Zahn. Les visiteurs français, eux, la connaissent comme l’église cassée de Berlin : c’est la Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche, l’église du souvenir de Guillaume Ier.
Pourquoi l’église cassée de Berlin est restée une ruine
La ruine est entretenue, étayée, éclairée la nuit : c’est un mémorial contre la guerre, et son état brisé fait partie du message. Le débat a occupé les années 1950, entre reconstruction à l’identique, démolition et conservation des murs. La ville a gardé la tour et son hall d’entrée, seuls vestiges de l’édifice d’origine.
La tour culminait à 113 mètres avant guerre. Il en reste environ 70 mètres de pierre au sommet arraché, et le ciel se voit à travers les baies ouvertes. D’où le surnom : une coque vide, une dent creuse.
La nef octogonale d’Egon Eiermann et ses 11 182 verres bleus
La nouvelle église est un octogone de 35 mètres de diamètre, habillé de 11 182 verres sertis dans des alvéoles de béton selon la technique de la dalle de verre, chacun mesurant 24,6 sur 26,4 cm pour 2 cm d’épaisseur. Gabriel Loire, verrier à Chartres, les a dessinés et fait fabriquer en 1960 et 1961.
Les parois sont doubles : entre les deux peaux de verre court un couloir étroit, ouvert par certaines visites guidées, et l’on ne voit pas la même chose du dehors et du dedans.
Le clocher hexagonal, haut de 53,3 mètres, reprend le principe avec 5 152 verres et abrite six cloches de bronze coulées en 1960 à Sinn, pour 17 tonnes.
Le Christ doré de Karl Hemmeter, 4,60 mètres pour près de 300 kilos, occupe le fond de la nef : Otto Dibelius l’a offert alors qu’Eiermann avait prévu une simple croix. Deux objets rappellent le siècle, la plaque aux martyrs protestants de 1933-1945 et la Madone de Stalingrad, dessinée au crayon par Kurt Reuber à Noël 1942.
Le hall du souvenir garde les mosaïques de 1906
La base de la tour abrite le hall du souvenir (Gedenkhalle). C’était la salle d’entrée de l’église impériale, dont les mosaïques ont été dévoilées le 22 février 1906. Elles ont survécu au raid : au plafond, le Christ Pantocrator ; sur les murs, la double procession des Hohenzollern communiant, encadrée d’anges.
La salle expose la croix de clous de Coventry, forgée avec les clous des poutres brûlées de sa cathédrale, détruite en 1940 et gardée en ruine elle aussi, et une croix d’icônes de l’Église orthodoxe russe. Elle a rouvert le 7 janvier 1987 après des décennies de fermeture, et reste fermée depuis le 29 août 2026 pour travaux.
1891-1895 : l’église néo-romane de Franz Schwechten
L’association de construction d’églises évangéliques, fondée en 1890 à l’initiative de Guillaume II et d’Auguste-Victoria, confie le projet à Franz Schwechten, architecte né à Cologne. Son église néo-romane copie les modèles rhénans jusqu’au tuf volcanique de l’Eifel, absent du Brandebourg.
La première pierre est posée le 22 mars 1891, jour de l’anniversaire de Guillaume Ier. Cinq tours, 1 700 places assises. L’empereur veut la plus haute église de Berlin : une tige surmontée d’une étoile hisse le sommet à 113 mètres. Mosaïques et marbres couvrent 3 000 et 1 100 mètres carrés, signés de la fabrique Puhl & Wagner. L’inauguration a lieu le 1er septembre 1895, veille du Sedantag.
La nuit du 22 au 23 novembre 1943
Un raid britannique détruit en grande partie l’église. Un second impact direct tombe le 11 août 1944, et l’artillerie achève le travail. Seuls le clocher ouest et son hall d’entrée traversent le conflit sans être démontés. Dans les années 1950, cultes et concerts sont donnés en plein air entre les murs éventrés ; en 1956, les restes du chœur est sont abattus.
1957 : Egon Eiermann veut raser la ruine, la ville garde la tour
En mars 1957, Egon Eiermann remporte le concours. Sa maquette prévoit la démolition complète de la ruine, et la polémique est violente. Le compromis, accepté à contrecœur par l’architecte comme par les habitants, sauve la tour et l’entoure de quatre bâtiments. Première pierre le 9 mai 1959, consécration le 17 décembre 1961 par Otto Dibelius, chapelle et foyer en 1963.
Horaires de l’église et du hall du souvenir
L’église neuve ouvre tous les jours de 10h à 18h, entrée libre, sauf pendant les cultes, les prières et les concerts. Le hall du souvenir est fermé depuis le 29 août 2026 pour les travaux, mais les visites guidées du complexe continuent. La chapelle n’ouvre qu’à l’occasion d’événements.
Les visites de 30 minutes partent du mardi au dimanche : mardi de 11h15 à 14h15, mercredi de 12h15 à 16h15, du jeudi au dimanche de 11h15 à 16h15, pour un don libre. La restauration du complexe court jusqu’en 2029 et doit rendre la tour visitable de l’intérieur.
Comment y aller en U-Bahn ou en S-Bahn
Adresse : Breitscheidplatz, 10789 Berlin. U Kurfürstendamm (U1, U9) à 200 mètres, ou S+U Zoologischer Garten (S3, S5, S7, S9, U2, U9) à quelques minutes de marche. Les bus 100, 200, M19 et M46 s’arrêtent à proximité. Notre guide du métro et du S-Bahn détaille lignes et tarifs. Comptez 30 à 45 minutes sur place.
Autour de la Breitscheidplatz et sur le Kurfürstendamm
Devant l’Europa-Center coule la Weltkugelbrunnen, dite « Wasserklops », vasque de granit rouge de Joachim Schmettau (1983). Le Kurfürstendamm commence à 200 mètres, le KaDeWe est à cinq minutes par la Tauentzienstraße.
De la mi-novembre au 3 janvier, la place accueille l’un des plus grands marchés de Noël de Berlin, avec plus de soixante stands. Une fissure dorée dans le pavé rappelle l’attentat du 19 décembre 2016.
Pour le cinéma, le Zoo Palast est à deux pas sur la Hardenbergstraße : cette salle a accueilli les films de la compétition de la Berlinale jusqu’en 1999, et le festival y projette de nouveau depuis 2014.
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