Quartier Neukölln à Berlin : notre guide

La place Richardplatz, ses grands arbres, son kiosque central et les immeubles anciens qui l'entourent
Photo : Fridolin freudenfett, licence CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Neukölln se raconte mal en une phrase. Le quartier tient à la fois un village médiéval autour de Richardplatz, une avenue commerçante du sud berlinois, des cours d’immeubles où l’on parle turc, arabe et allemand, et une scène de bars qui ferme au petit matin. On y descend souvent pour une nuit, on y reste pour la journée.

Il s’étend du Landwehrkanal vers le sud, sur 11,7 km². C’est un arrondissement à lui seul, le huitième de Berlin, avec environ 163 000 habitants fin 2025. Neukölln n’appartient pas à Friedrichshain-Kreuzberg : les deux sont voisins, séparés par le canal et le Kottbusser Damm.

Un village prussien devenu ville, puis arrondissement de Berlin

L’endroit s’appelait Rixdorf, célèbre pour ses guinguettes et pour la chanson « In Rixdorf ist Musike ». Le 27 janvier 1912, Guillaume II accepte le changement de nom pour effacer cette réputation. Rixdorf avait pourtant obtenu le statut de ville en 1899, avec 80 000 habitants.

La loi du Grand-Berlin l’absorbe le 1er octobre 1920 et en fait le 14e district, avec Britz, Rudow et Buckow. Après 1945, le quartier est dans le secteur américain, collé au mur qui le sépare de Treptow. Les loyers bas attirent les travailleurs immigrés, turcs d’abord, puis arabes, et la réputation bascule de la fête vers le « problème social ».

Richardplatz a gardé la trace du village de Rixdorf

Richardplatz est un anger, la pelouse communale des villages germaniques : 13 500 m² d’herbe et de vieux arbres, cinq rues qui y convergent, un kiosque au milieu. La Bethlehemskirche, au numéro 22, est mentionnée dès 1435 ; l’édifice mêle une base médiévale et une rénovation de 1939-1941. La forge du 28, protégée depuis 1949, a survécu à l’incendie de 1849 et abrite toujours un atelier. Le deuxième week-end de l’Avent, l’Alt-Rixdorfer Weihnachtsmarkt remplit la place de chalets ; le reste de l’année, on y vient pour le calme et les cafés des maisons basses.

Le marché du Maybachufer se tient mardi et vendredi, de 11 h à 18 h 30

Tout Berlin l’appelle Türkenmarkt, l’affiche dit marché oriental. Il s’étale le long du canal, sur le Maybachufer, une rue de 1 490 mètres tracée dans les années 1870. Mardi et vendredi, de 11 h à 18 h 30, entre les numéros 1 et 16, à deux pas de la station U8 Schönleinstraße : cageots de tomates, bottes de persil, olives, fromage blanc salé, tissus au mètre, et de quoi manger debout. Les prix restent parmi les plus bas du centre, d’où la foule mêlée. Le samedi, de 11 h à 17 h, le même trottoir accueille un marché de tissus et de design, plus calme.

Les horaires changent parfois en hiver. La fiche de berlin.de sur les marchés de Neukölln les tient à jour.

Karl-Marx-Straße et Hermannplatz concentrent les commerces et les services

La Karl-Marx-Straße descend de Hermannplatz sur 2 970 mètres. C’est la rue commerçante de l’arrondissement, troisième de Berlin par sa surface de vente après le Tauentzien et la Schloßstraße ; elle porte son nom depuis le 31 juillet 1947. La U7 la suit d’un bout à l’autre. Le long de la rue se succèdent les commerces turcs et arabes, l’hôtel de ville à l’angle de l’Erkstraße et le tribunal d’instance. Au 141, le Saalbau, ouvert en 1876 et doté d’une salle de bal néobaroque, accueille depuis 2009 le théâtre Heimathafen Neukölln.

La Weserstraße fait vivre le Reuterkiez jusqu’au matin

Le Reuterkiez occupe le nord-est, entre le canal, la Sonnenallee et Hermannplatz. Les Berlinois disent « Kreuzkölln », contraction de Kreuzberg et Neukölln. Vers Kreuzberg, juste à l’ouest, la frontière ne se voit plus : mêmes immeubles Gründerzeit, mêmes cours, mêmes vélos aux grilles. Le côté Neukölln reste un peu moins cher et plus bruyant. La Weserstraße aligne friperies, pizzerias, cafés à brunch et salles minuscules ; les rues parallèles, Pannierstraße ou Sanderstraße, sont plus calmes pour dormir.

Le Tempelhofer Feld et le Körnerpark offrent deux échelles de verdure

À l’ouest du Schillerkiez, le Tempelhofer Feld commence où s’arrêtent les immeubles : 355 hectares d’anciennes pistes ouvertes au public depuis 2010, où l’on pédale et court sur le tarmac.

Le Körnerpark, entre la Jonasstraße et la Schierker Straße, joue dans une autre catégorie : 2,4 hectares dessinés comme un jardin de château, cinq à sept mètres sous le niveau de la rue. Le terrain était une gravière offerte en 1910 à la ville de Rixdorf par Franz Körner, à condition qu’il porte son nom. Les jardins néobaroques datent de 1912-1916, avec une orangerie de Reinhold Kiehl, des cascades et la galerie municipale ouverte en 1983. Le parc est protégé depuis le 2 avril 2004.

Le château de Britz et le Britzer Garten se visitent dans la même journée

Au sud, Britz change d’ambiance. Le château de Britz, Alt-Britz 73, est un manoir remanié en 1880 par l’architecte Carl Busse, dans un style néorenaissance francisant ; il abrite un musée du cadre de vie bourgeois de la Gründerzeit, dans des pièces reconstituées. Ouvert du mardi au dimanche de 11 h à 18 h, entrée 3 €, 2 € en réduit, gratuit jusqu’à 12 ans. Le parc de 2 hectares se parcourt librement ; la Hufeisensiedlung, inscrite à l’Unesco en 2008, commence derrière.

Un peu plus au sud, le Britzer Garten aligne 86 hectares aménagés pour l’exposition horticole de 1985, ouverts le 8 juillet 1989. Entrées au Buckower Damm, à la Mohriner Allee ou à la Tauernallee, tous les jours dès 9 h. 5 € de mars à octobre, 2,50 € en réduit ; 2 € de novembre à février. Un train à voie étroite fait le tour sur 5 kilomètres. Chiens et vélos restent dehors.

La gentrification du nord de Neukölln déplace les équilibres du quartier

En 2021, près de la moitié des habitants avaient un parcours migratoire, venu de 155 pays. Cette diversité fait la fierté du quartier, et c’est elle que la hausse des loyers met sous pression. Depuis les années 2000, cafés, galeries et colocations ont gagné le Reuterkiez puis le Schillerkiez ; les loyers grimpent et les commerces anciens cèdent la place aux boutiques de céramique.

La puissance publique tente de compenser. Le programme Quartiersmanagement Richardplatz Süd, lancé le 29 septembre 2005 sur 44,7 hectares et 11 300 habitants, finance des projets pour l’intégration, le logement et les chances des habitants. Cela ne règle pas la question des loyers.

Une journée donne un aperçu : marché le matin, Richardplatz et Körnerpark l’après-midi, Weserstraße le soir. Pour Britz, ajoutez une demi-journée, en U7 ou en bus 181.

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