Le musée de la Currywurst

L'entrée du Deutsches Currywurst Museum à la Schützenstraße 70, à Berlin-Mitte, avec son enseigne et une remorque publicitaire rouge
Photo : Assenmacher, licence CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Le Deutsches Currywurst Museum a fermé définitivement le 21 décembre 2018, après neuf ans d’activité à la Schützenstraße 70, à deux pas de Checkpoint Charlie. Qui cherche aujourd’hui son entrée dans Berlin-Mitte tombe sur un immeuble sans vitrine à currywurst. La saucisse au curry, elle, n’a jamais quitté les trottoirs de la ville, et le stand de quartier reste la seule façon honnête de la (re)découvrir.

Deutsches Currywurst Museum, un musée qui n’existe plus

Inauguré le 15 août 2009, le Deutsches Currywurst Museum fut le premier musée d’Allemagne consacré à un plat de rue. Son initiateur, Martin Löwer, en avait eu l’idée devant une exposition jamaïcaine dédiée à l’igname : si un tubercule avait droit à son musée, la saucisse berlinoise pouvait bien avoir le sien. Il a réuni près de cinq millions d’euros auprès d’investisseurs privés et ouvre ses portes soixante ans presque jour pour jour après l’invention du plat. Sur environ 1 100 m², l’exposition tablait sur 350 000 visiteurs par an ; ils furent près d’un million au total.

Fin décembre 2018, le musée baisse le rideau pour de bon. Depuis, la Schützenstraße 70 n’abrite plus aucune visite. Les annuaires qui affichent encore horaires, tarifs et numéro de téléphone ne font que recopier des fiches périmées : ne programmez pas un détour pour un musée fermé.

Ce que l’on pouvait y voir

La visite suivait un « sauce trail » en cinq espaces, entre histoire du plat, ingrédients et culture populaire. On y trouvait une chambre aux épices où ouvrir des tiroirs pour sentir le cumin, le paprika et le curry, un canapé en forme de saucisse, des chansons écrites pour la currywurst, un jeu vidéo où composer sa portion virtuelle et des installations à hauteur d’enfant. Un stand reconstitué permettait de se glisser derrière le comptoir pour la photo. Le documentaire Best of the Wurst passait en boucle, et une section entière revenait sur Herta Heuwer. La sortie donnait sur une boutique de t-shirts « Don’t worry, be Curry » et de saucisses en peluche. L’entrée coûtait 11 euros, 7 euros en tarif réduit.

Herta Heuwer, l’invention de 1949

Le 4 septembre 1949, à l’angle de la Kantstraße et de la Kaiser-Friedrich-Straße, dans le Charlottenburg de l’après-guerre, Herta Heuwer mélange du concentré de tomate, de la poudre de curry et une douzaine d’épices, puis en nappe une saucisse grillée coupée en morceaux. Elle baptise sa sauce Chillup, contraction de chili et de ketchup, et dépose la marque en 1959. Une plaque commémorative posée en 2003 marque l’emplacement de son stand. Hambourg et Duisbourg contestent encore la paternité du plat, mais Berlin en a fait une part de son identité.

La recette et le vocabulaire du stand

La currywurst part d’une saucisse de porc précuite, grillée ou frite, découpée en rondelles, nappée d’une sauce tomate épicée et saupoudrée de curry. Elle se sert dans une barquette en carton, avec une petite fourchette en bois. Deux mots suffisent à lire la carte d’un Imbiss. Mit Darm, avec la peau, donne un extérieur ferme ; ohne Darm, sans peau, la variante dite Spandauer, plus tendre, née après la guerre quand les boyaux manquaient. Ajoutez scharf pour une sauce piquante, mild pour une version douce, et mit Pommes pour les frites. Berlin en consommerait environ 70 millions par an selon l’estimation du musée, contre 800 millions pour toute l’Allemagne.

Où manger une vraie currywurst aujourd’hui

Deux adresses font figure de passage obligé. Sous le viaduc du métro aérien, à la station Eberswalder Straße, le Konnopke’s Imbiss vend des saucisses depuis 1930 et de la currywurst depuis les années 1960 ; c’est la référence de l’ex-Berlin-Est, fermée le dimanche. Au 36 de la Mehringdamm, à Kreuzberg, le Curry 36 sert jusqu’à 5 heures du matin et rassemble fêtards et travailleurs dans la même file. Notre guide des meilleures currywurst de Berlin détaille ces adresses et donne les tarifs à jour.

Krasselt’s et Witty’s, les adresses de quartier

Loin des circuits touristiques, Krasselt’s, au Steglitzer Damm à Steglitz, mitonne son propre ketchup depuis 1959 et cultive une clientèle de voisinage. À l’ouest, Witty’s, sur la Wittenbergplatz face au KaDeWe, s’est converti au bio en 2003 et propose aussi une version végétarienne. Les deux valent le détour si vous logez dans le sud ou l’ouest de la ville.

Prix et conseils pratiques

Comptez 3 à 4,50 euros pour une currywurst seule et 5 à 7 euros avec des frites. Près de la porte de Brandebourg ou de Checkpoint Charlie, la même portion grimpe à 8 ou 9 euros : marchez une rue de plus et le prix revient à la normale. Beaucoup de stands historiques n’acceptent que les espèces. Pour commander comme un habitué : Eine Currywurst ohne Darm, scharf, mit Pommes, bitte. Les autres spécialités berlinoises sont recensées dans notre guide des spécialités culinaires.

Que reste-t-il du musée ?

Rien à visiter, donc, mais pas rien à retenir. Le Deutsches Currywurst Museum a disparu sans successeur, et l’on ne sait pas où ont fini ses collections. Le plat, lui, n’a jamais eu besoin d’un musée pour survivre : il tient dans une barquette en carton, sur un coin de trottoir, à toute heure de la nuit.

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