East Side Gallery, 1 316 mètres de fresques

Le baiser entre Brejnev et Honecker peint par Dmitri Vrubel sur l'East Side Gallery, avec ses inscriptions en russe et en allemand
Photo : Gzen92, licence CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

L’East Side Gallery longe la Mühlenstraße sur 1 316 mètres, entre la gare de l’Est et l’Oberbaumbrücke, dans le quartier de Friedrichshain. C’est la plus longue portion du Mur de Berlin encore debout. Sur la face tournée vers la rue, 118 artistes de 21 pays ont peint une centaine de fresques au printemps 1990. On y entre sans ticket et l’on avance le long du béton comme dans une rue.

Le mur d’arrière-pays fermait Berlin-Est le long de la Spree

À cet endroit, la frontière ne longeait pas le mur visible depuis la rue. Elle suivait la berge de Kreuzberg, sur l’autre rive, et le rempart de la Mühlenstraße fermait le dispositif par l’arrière, côté Berlin-Est. Les Berlinois l’appelaient la Hinterlandmauer, le mur d’arrière-pays. Particularité locale : les tubes de béton arrondis qui coiffaient la face ouest y avaient aussi été posés, si bien que ce mur intérieur ressemblait à s’y méprendre au mur extérieur, un peu plus haut que lui.

Le tronçon court sans interruption entre la gare de l’Est (Ostbahnhof) et le pont Oberbaumbrücke, avec la Spree derrière. Les peintures occupent la face que longent les piétons. De l’autre côté, face au fleuve, le mur montre son revers de béton, couvert de graffitis et de signatures.

118 artistes peignent le mur au printemps 1990

Après l’ouverture du Mur, le 9 novembre 1989, les peintres de RDA perdent leurs commandes publiques. Les associations professionnelles des deux Allemagnes cherchent une issue et lancent le projet East Side Gallery en février 1990, avec l’accord du ministère est-allemand de la Défense. Au printemps, 118 artistes de 21 pays s’installent le long de la Mühlenstraße. L’Écossaise Christine MacLean coordonne le chantier au quotidien, signe les contrats et réunit les fonds pour un catalogue.

La galerie est inaugurée le 28 septembre 1990, sur un bateau, au fil de la Spree. Les sujets parlent de la chute du Mur, de la liberté et de la paix ; plusieurs tableaux règlent aussi des comptes avec la RDA. En novembre 1991, le tronçon est classé monument historique.

Le baiser de Vrubel, la Trabant de Birgit Kinder, le sauteur de Gabriel Heimler

La fresque la plus photographiée est un baiser. Dmitri Vrubel y reprend une photo de presse de Régis Bossu où Léonid Brejnev embrasse Erich Honecker sur la bouche. Le titre, en russe et en allemand, dit : « Mon Dieu, aide-moi à survivre à cet amour mortel ». Un peu plus loin, une Trabant blanche surgit du béton sous l’inscription « Test the Best », peinte par Birgit Kinder. Gabriel Heimler a représenté un homme en blouson rouge qui enjambe le mur, l’Oberbaumbrücke en fond de tableau. Kani Alavi, qui fondera en 1996 l’initiative des artistes, signe « Es geschah im November » (C’est arrivé en novembre). Thierry Noir, premier artiste à avoir peint le Mur dans les années 1980, figure aussi parmi les 118.

Le baiser se trouve face à la Hedwig-Wachenheim-Straße, à peu près au milieu du parcours. Mieux vaut marcher jusqu’au bout, depuis la gare de l’Est comme depuis le pont, avant de revenir sur ses pas : le mur se lit dans les deux sens.

La restauration de 2009 a remplacé les peintures de 1990

Le béton a mal vieilli : la pluie, le gel et les tags ont abîmé les images, et certaines avaient disparu sous des graffitis. En 1996, Kani Alavi fonde l’initiative Künstlerinitiative East Side Gallery pour entretenir le site. Une première campagne de restauration a lieu en 2000. La grande reprise commence en octobre 2008, avec 2,2 millions d’euros : les peintures sont sablées, le béton réparé, puis les artistes invités à repeindre leur motif. 87 des 115 artistes encore vivants acceptent. La galerie rouvre le 6 novembre 2009. Huit artistes ont refusé de refaire leur tableau ; leurs segments sont restés sans peinture, et ces pans clairs se repèrent encore aujourd’hui entre deux fresques.

Le mur a aussi bougé. En 2006, 41 mètres ont été déplacés de 50 mètres vers l’ouest pour dégager la vue entre la Spree et la grande salle de spectacle voisine. En mars 2013, le démontage de plusieurs éléments, justifié par le chantier du pont Brommy, a provoqué des manifestations : plus de 6 000 personnes ont défilé le 3 mars sur la Mühlenstraße.

L’accès est gratuit et la galerie reste ouverte en permanence

On y arrive par la station Warschauer Straße (S-Bahn S3, S5, S7, S9 et S75 ; métro U1 et U3 ; tram M10 et M13) ou par la gare de l’Est, toute proche. L’entrée est libre et le site ne ferme pas, comme le confirme la Fondation du Mur de Berlin (Stiftung Berliner Mauer), qui en assure l’entretien depuis novembre 2018. Juste à côté, le petit pavillon de garde des ouvriers du silo à grain et des policiers est-allemands est classé monument depuis 2020.

Le parcours se fait dans les deux sens. En partant de la gare de l’Est, on termine sur l’Oberbaumbrücke, dont la silhouette apparaît dans la fresque de Gabriel Heimler. De là, on gagne Kreuzberg à pied en traversant le pont, ou en une station de U1 depuis Warschauer Straße : le street-art de Kreuzberg prend le relais, et les façades peintes remplacent le béton.

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