La Trabant à Berlin : musées, balades et location d'une légende de la RDA

Trois Trabant 601 colorées roulant en convoi devant le Bode-Museum, sur l'île aux musées à Berlin
Photo : Mike Peel, licence CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Elle fait un bruit de gros deux roues, crache une fumée gris bleu qui sent l’essence mélangée et avance comme si le temps s’était arrêté en 1965. Pourtant la Trabant est partout à Berlin, ou presque. Plus de trente ans après la fin de la RDA, la petite voiture de l’Est est devenue objet de nostalgie et attraction touristique à part entière. Voici où la voir, où la conduire et pourquoi elle mérite le détour.

Une icône née dans l’économie du manque

Construite à Zwickau, en Saxe, par le constructeur d’État VEB Sachsenring de 1957 à 1991, la Trabant (le mot signifie « satellite », clin d’œil au Spoutnik soviétique) est une leçon d’ingéniosité sous contrainte. Sa carrosserie est en Duroplast, un plastique dur fait de déchets de coton recyclé et de résine, moulé sur un châssis en acier galvanisé. Les panneaux ne rouillent pas, la voiture reste légère, et les moqueurs l’ont surnommée « Rennpappe », la pâte à carton de course. Les Allemands de l’Est, eux, disent affectueusement Trabi.

Sous le capot, un moteur deux cylindres deux temps de 594 cm³ développe 26 chevaux pour environ 600 kg, et l’huile se verse directement dans l’essence. D’où la fumée bleutée, le crépitement si reconnaissable et des accélérations mesurées : compter 21 secondes pour atteindre 100 km/h. La mécanique n’a presque pas évolué en trente ans, et les clients non plus : dans les années 1980, on attendait jusqu’à seize ans entre la commande et la livraison d’une neuve. Plus de trois millions d’exemplaires ont tout de même été fabriqués, dont près de 2,8 millions pour la seule 601, produite de 1964 à 1990. À la chute du Mur, les images de Trabis franchissant les postes-frontières font le tour du monde ; la production s’arrête en 1991, balayée par les voitures de l’Ouest.

S’installer au volant sans bouger : le DDR Museum

Pour approcher une vraie Trabant sans sortir le permis, direction le DDR Museum, sur la Spree, face au Berliner Dom. Ce musée de la vie quotidienne en RDA, ouvert sept jours sur sept de 9 h à 21 h, propose un essai routier d’un genre particulier : un simulateur installé dans une vraie Trabant 601.

On s’assoit au volant et l’on traverse, au pas, une cité de grands ensembles reconstituée en images de synthèse, un univers de 60 000 m² développé avec le Fraunhofer-Institut Heinrich-Hertz. Aucune notion de conduite n’est requise, la projection fait illusion. Autour, le musée reconstitue un appartement-type des années 1970, meublé jusque dans la salle de bains, de quoi compléter la visite en une heure et demie. Billet adulte à 13,90 €, tarif réduit à 8,50 €, gratuit pour les moins de 6 ans, selon les tarifs du site officiel.

Le Trabi Museum, l’autre collection près du Checkpoint Charlie

À quelques minutes de là, le Trabi Museum occupe une salle de la Zimmerstraße 14-15, tout près du Checkpoint Charlie. Géré par TrabiWorld, l’opérateur des balades en Trabant, il réunit une collection de Trabant et de véhicules est-allemands, visite courte qui se combine avec le passage au mythique point de contrôle. Billets sur place ou en ligne, horaires à vérifier.

Conduire soi-même dans le convoi de la Trabi Safari

La grande expérience berlinoise reste pourtant celle de la Trabi Safari, une balade en convoi où l’on conduit soi-même sa voiture. L’opérateur actuel, TrabiWorld Trabi-Safari, part tous les jours de son local de la Zimmerstraße 100, à l’angle de la Wilhelmstraße, à quelques minutes à pied du Checkpoint Charlie. Après un briefing sur le deux temps et la boîte manuelle, chacun prend le volant d’une Trabant 601 et suit le guide, qui commente en direct par radio, en allemand et en anglais.

La formule courte, Berlin COMPACT, dure 1 h 15 et traverse l’ancien Berlin-Est : Karl-Marx-Allee, East Side Gallery, Oberbaumbrücke et Kreuzberg. Le tarif officiel démarre à 59 € par adulte, les passagers de moins de 18 ans voyagent gratuitement et chaque Trabant accueille quatre personnes ou 330 kg maximum. La version Berlin XXL suit pendant 2 h 15 les traces du Mur. Pour conduire : 18 ans révolus et permis B. L’assurance est comprise, avec une franchise de 850 € en cas d’accident, et la réservation en ligne est vivement conseillée en saison. Chaque nouveau conducteur repart avec son petit « permis de conduire Trabant ».

La Trabant, star du Mur et de la mémoire

Impossible de parler de la Trabant à Berlin sans évoquer l’East Side Gallery, le plus long tronçon du Mur conservé. Parmi les fresques peintes en 1990 par des artistes du monde entier, l’une des plus célèbres, Test the Rest de Birgit Kinder, montre une Trabant blanche qui défonce le béton ; sa plaque porte la date « NOV 9 89 », celle de la chute du Mur. La petite voiture de l’Est y incarne la fin d’une époque. Nos guides de l’East Side Gallery et du Mur de Berlin détaillent le parcours.

Conseils pratiques

  • Réserver : les tours se réservent en ligne sur le site de l’opérateur, plusieurs jours à l’avance en saison.
  • Permis : conducteurs de 18 ans minimum avec permis B. Les moins de 18 ans participent gratuitement comme passagers, mais doivent avoir un billet.
  • Musées : le DDR Museum ouvre sept jours sur sept de 9 h à 21 h. Horaires du Trabi Museum à vérifier en ligne.
  • Composer la journée : DDR Museum le matin, Checkpoint Charlie et Trabi Museum à pied, balade en Trabant l’après-midi au départ de la Zimmerstraße. L’East Side Gallery se visite à pied le long de la Spree.

La Trabant n’a jamais été une belle voiture, et c’est bien ce qui la rend attachante. Modeste, bruyante, increvable, elle raconte ce que rouler signifiait à l’Est. À Berlin, on peut la toucher, s’y asseoir, la conduire dans les rues où elle a régné : rarement une légende automobile aura été si facile à rencontrer.

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